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Tribune libre #7 Comment écrire l’éducation populaire en 2024 ?

En quoi et comment l’éducation populaire peut-elle contribuer à l’urgente nécessité d’une bifurcation radicale de l’Histoire ?
Par Christian Maurel1 / La Louvière (Belgique) / Colloque » de l’éducation populaire à l’éducation permanente » / 4 décembre 2019.
Dans quelle société vivons-nous ? Il faut remonter un peu dans le temps. À partir du 26 août 1938 et durant 5 jours, se tient à Paris un colloque connu sous le nom de « colloque Lippmann » qui a pour ambition de repenser et de réinventer le libéralisme dans une période qui ne lui est pourtant pas favorable : crise de 1929, mise en place du New-deal aux États-Unis sous l’impulsion de Franklin Roosevelt, montée et installation de régimes fascistes et collectivistes, interventionnisme étatique de type « Front populaire », intérêt pour la pensée économique keynésienne.
Cet acte de naissance de ce que l’on appellera plus tard le « néolibéralisme » est largement influencé par la parution de La cité libre de Walter Lippman. Il rassemble des économistes (Friedrich Hayek de l’école autrichienne, Wilhem Rôpke et Alexander Rüstow, théoriciens de l’ordolibéralisme allemand….) mais aussi des philosophes (Raymond Aron), des journalistes, des directeurs de banque, des polytechniciens, des « capitaines d’industrie ». Il jettera les bases de la création en 1947 de la Société du Mont Pèlerin, grande pourvoyeuse de prix Nobel et de courants de pensée libéraux, ordo libéraux, voire ultralibéraux et libertariens (Milton Friedmann et l’École de Chicago…)
Cet éclectisme indique que cette refondation du libéralisme ne doit pas être qu’économique mais doit concerner l’ensemble de la société dans ses dimensions sociales, politiques, anthropologiques… Il ne s’agit pas de revenir au capitalisme industriel du XIXe siècle bien analysé par Marx ni au libéralisme du « laissez-faire » et de « la main invisible » pensée notamment par Adam Smith à la fin du XVIIIe siècle. (voir La richesse des nations /1776)
Cette pensée néolibérale attend son heure pour se traduire dans les faits sous la forme de politiques néolibérales. Elle viendra au tournant des années 1970-1980, suite aux différents chocs pétroliers (1973, 1979) et à l’essoufflement du « compromis social-démocrate » de l’après-guerre. Les chantres du libéralisme qui ne comptent pas que des économistes disent alors, haut et fort, que le marché est le meilleur régulateur de l’économie et des rapports sociaux, que l’État doit se mettre en retrait, et pour certains (les ultralibéraux), se limiter à ses fonctions régaliennes (la police, la paix sociale, la protection des personnes et surtout des biens, la défense nationale, la diplomatie…) et ainsi garantir un marché « libre et non faussé ».
On doit à Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et à son fameux TINA (« There is no alternative »), à Ronald Reagan aux États-Unis (pour qui « l’État n’est pas la solution mais le problème ») et à François Mitterrand en France qui, plus ou moins contraint et forcé, fait demi-tour et s’engage en 1983 dans une « politique de rigueur » d’avoir engagé leur pays et le monde occidental dans un néolibéralisme global appelé à se mondialiser et à réduire les acquis sociaux par la privatisation et la déréglementation. Ainsi Francis Fukuyama peut sereinement affirmer après la chute du Mur de Berlin et au moment du démantèlement du Bloc de l’Est que « nous sommes à la fin de l’Histoire » et que l’association du libéralisme économique et du libéralisme politique est indépassable.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Dans La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, La Découverte, 2010, Pierre Dardot et Christian Laval nous apportent, dès les premières lignes (pp. 5 et 6), un éclairage saisissant : « le néolibéralisme n’est pas une idéologie passagère appelée à s’évanouir avec la crise financière ; il n’est pas seulement une politique économique qui donne au commerce et à la finance une place prépondérante. Il s’agit de bien autre chose, il s’agit de bien plus : de la manière dont nous vivons, dont nous sentons, dont nous pensons. Ce qui est en jeu n’est ni plus ni moins que la forme de notre existence… [et on sent déjà qu’une éducation populaire critique, mutuelle, permanente et politique devra y mettre son nez]… le néolibéralisme définit en effet une certaine norme de vie dans les sociétés occidentales et, bien au-delà, dans toutes les sociétés qui suivent sur le chemin de la “modernité”. Cette norme enjoint à chacun de vivre dans un univers de compétition généralisée, elle somme les populations d’entrer en lutte les unes contre les autres, elle ordonne les rapports sociaux au modèle du marché, elle transforme jusqu’à l’individu appelé désormais à se concevoir comme une entreprise… [éducation populaire, au secours !…]… Le néolibéralisme peut se définir comme l’ensemble des discours, des pratiques et des dispositifs qui déterminent un nouveau gouvernement des hommes selon le principe universel de la concurrence ».
À partir de là, on peut identifier et comprendre quelques grandes questions de société qui ne doivent pas laisser l’éducation populaire indifférente.
La première concerne les difficultés à penser le monde en raison de sa complexité et de sa transformation en accélération constante. Ce qui explique que certains économistes néolibéraux (notamment Walter Lippmann) se sont emparés très tôt de la notion de « révolution » (et ce n’est pas le seul vol de langage), la vraie, celle de l’économie capitaliste marchande qui, étendue à toute la planète, bouleverse constamment et avec toujours plus de rapidité, nos manières de produire, de consommer, de vivre, de penser et d’agir et donc de s’adapter. Ainsi, disent P. Dardot et C. Laval, « à la révolution permanente des méthodes et des structures de production doit également répondre l’adaptation permanente des modes de vie et des mentalités » (La nouvelle raison…, p.175). Dans cette « création destruction » (Schumpeter) permanente où ce qui était hier encore adapté, productif, vendable, voire innovant, deviendra demain dépassé, sans valeur, déchet à jeter ou à retraiter, il s’agit de tout changer en permanence pour que rien ne change, et qu’ainsi la raison néolibérale continue à imposer sa loi et ne laisse aucune place à une quelconque alternative. C’est une des missions essentielles de l’éducation populaire que de contribuer — dans une relation avec les intellectuels qui acceptent de se mettre d’aplomb avec le réel — à l’élucidation, à la prise de conscience et à la lecture des réalités sociales, à partir et avec les gens là où ils travaillent, vivent quelques fois survivent. Car « de l’impensé naît l’impuissance » dit Pierre Rosanvallon.
La deuxième question concerne le développement fulgurant des sciences et des techniques, notamment des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication qui bouleversent en permanence les rapports de travail, les rapports au travail, les rapports entre temps libre et temps de travail, les rapports familiaux, pédagogiques, intergénérationnels, interindividuels, de soi à soi. En même temps, s’installe un rapport inégalitaire avec d’importantes répercussions sociales (par exemple, avec la dématérialisation, les difficultés d’accès aux services publics) entre ceux qui dominent ces nouvelles techniques et ceux qui ne savent ou ne peuvent les utiliser (la « fracture numérique »), ainsi qu’une société de la surveillance qui en sait plus sur vous que vous n’en savez vous-mêmes (les « Big data et les data center), de contrôle social (voir l’exemple de la Chine et de la création du « crédit social ») et de fabrique du désir de consommer le produit répondant à ce désir. L’éducation populaire critique et politique doit se donner pour mission de rendre ces technologies utilisables par tous et de nous rendre conscients des enjeux contradictoires auxquels ces technologies répondent.
La troisième question, sans aucun doute la plus importante et la plus difficile à résoudre, concerne la protection de notre environnement naturel, le réchauffement climatique, la montée des eaux dont on mesure encore mal les répercussions catastrophiques et barbares. Une urgente et nécessaire bifurcation de l’humanité s’impose. Elle concerne à la fois nos comportements et les politiques et pratiques néolibérales d’une croissance qui ne se mesure encore qu’en termes de PIB et de taux de profit des entreprises. « Une éducation à la citoyenneté ne peut aujourd’hui se penser en dehors d’une écocitoyenneté » ai-je entendu dans un des nombreux ateliers des journées de commémoration de la création de la Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture.
Cette urgente et nécessaire bifurcation — d’autres, comme Guy Roustang parlent de « changement de cap » — est d’autant plus nécessaire que trois autres problèmes menacent nos capacités de vivre ensemble, de faire société et humanité.
- d’abord la grande pauvreté et le redéploiement des inégalités de tous ordres : inégalité économique (la dizaine de personnes la plus riche de la planète a plus de revenus et de patrimoine que la moitié de la population la plus pauvre), inégalité de considération (toutes les vies n’ont pas la même valeur) et de position dans l’échelle sociale. N’en déplaise au Président Macron, les premiers de cordée ne font pas progresser ceux qui suivent au nom d’une théorie du ruissellement visant à justifier le bien-fondé du capitalisme néolibéral. Nombreux sont ceux qui se voient condamnés à rester au pied de la falaise, notamment pour ceux dont les inégalités sont cumulatives, les femmes en particulier.
- Notre imaginaire social des droits de l’homme est de moins en moins partagé. Il est étouffé et pris en étau entre, d’une part l’expansion et l’accumulation illimitées réservée à une minorité (ou seuls l’argent et la possession font sens) et, d’autre part, la recrudescence et la montée en puissance d’imaginaires xénophobes, ségrégationnistes, sectaires, racistes, populistes, nationalistes et fondamentalistes.
- Notre démocratie représentative délégataire — qui est en fait, au sens rousseauiste, une « aristocratie élective » — se dilue et disparaît dans des oligarchies, des ploutocraties tintées de népotisme, des expertocraties, des fascismes rampants, des totalitarismes solidement implantés (pensons à la Chine), et dans ce que certains appellent des « démocratures » qui sont en fait des dictatures légitimées par des constitutions et des consultations électorales souvent perverties, à l’image du Brésil de Bolsonaro, de la Russie de Poutine, de la Turquie d’Erdogan, de l’Algérie de Boutéflika et, au sein même de l’Europe, de la Hongrie de Orban qui se réclame de « l’illibéralisme » politique. De ces dérives antidémocratiques le néolibéralisme n’en a cure. Bien plus, il défait la démocratie la plus formelle. Cela sert son développement. Les affaires prospèrent et les oligarques pullulent. Un milliardaire de plus tous les trois jours dans la Chine de Mao-Tsé-Toung sous la surveillance d’Internet et dont les récalcitrants sont rééduqués dans des camps de travail.
Certes, le néolibéralisme n’est pas responsable de tout. La grande pauvreté et les inégalités, notamment, existaient avant lui. Mais la simple observation nous indique que le monde ne peut continuer longtemps en l’état. Ne sommes-nous pas, comme le disent P. Dardot et C. Laval dans « un cauchemar qui n’en finit pas » où les pires barbaries peuvent revoir le jour ou prendre d’autres formes touchant directement nos vies quotidiennes : exploitations éhontées de la force de travail qui nous renvoient au XIXe siècle (par exemple les « ateliers du monde » de l’Asie du Sud-est, le travail des enfants), souffrance au travail pouvant conduire au suicide, violences racistes, épurations ethniques, terrorisme, famines…. Comment en sortir ? Le capitalisme néolibéral peut-il s’autodétruire sous le poids de ses propres contradictions et s’effondrer ? Et est-ce souhaitable en l’état actuel des choses ?
- Première hypothèse : le développement fulgurant des forces productives peut-il, comme le pensait Marx, remettre radicalement en cause les rapports de production et ouvrir sur une révolution sociale ? Ce qui ne s’est jamais produit jusqu’à ce jour ou qui a pris la forme de révolutions conduisant au totalitarisme voire à la barbarie (pensons à l’URSS, à la Chine, au Cambodge…) peut-il advenir et ouvrir sur un autre avenir ? Nous n’en voyons pas encore les signes. Le développement fulgurant des sciences et des techniques utilisé à des fins productives particulièrement juteuses, ne semble pas, du moins pour le moment, fragiliser l’expansion illimitée du capitalisme néolibéral — car nous avons toujours à faire à une forme de capitalisme sans doute la plus aboutie — mais au contraire le renforcer sous la forme d’un processus qui a une parfaite cohérence : diversification des modes de production et d’exploitation (ubérisation, autoentrepreneuriat, start-up, nouvelles formes de management, incitation et contrôle des salariés sans aucun espace ni temps de liberté comme chez Amazon…) ; innovation permanente tant en termes de produits, de méthodes et de formes de communication ; fabrique d’un sujet entrepreneur de lui-même et donc à l’image du système dans lequel il trouve sa place et qu’il sert… À moins que, comme l’écrivait André Gorz, quelques jours avant sa mort, « les outils high tech existants ou en cours de développement…. pointent vers un avenir où pratiquement tout le nécessaire et le désirable pourra être produit dans des ateliers coopératifs ou communaux [qui] interconnectés à l’échelle du globe, pourront échanger et mettre en commun leurs expériences, inventions, idées, découvertes [où] le travail sera producteur de culture, le mode d’autoproduction un mode d’épanouissement ». Ainsi, passerions-nous d’une société des propriétaires à une démocratie des « communs » dans laquelle une éducation populaire, mutuelle, permanente et politique de la « multitude », et pas seulement des peuples, occuperait une place de tout premier ordre.
- Deuxième hypothèse : le capitalisme néolibéral peut-il s’affaiblir sous le coup de la fameuse loi dite de « la baisse tendancielle du taux de profit » (Marx, Le capital, livre III, troisième section) et ainsi devenir insoutenable et incapable de se régénérer ? Une concurrence libre et non faussée de plus en plus féroce, l’emploi de techniques de plus en plus performantes au détriment du travail salarié, un sous-emploi de masse et donc une consommation en recul qui pénaliserait l’expansion du néolibéralisme, pourrait laisser présager de crises qu’il aurait de plus en plus de mal à surmonter. À cette difficulté que déjà Adam Smith et David Ricardo indiquaient, le capitalisme néolibéral a trouvé, du moins pour le moment, des solutions. D’abord, l’innovation et la création de besoins nouveaux et de marchandises adaptées aux attentes créées, de plus en plus satisfaites par l’emprunt et donc l’endettement des ménages qui profite, au moins momentanément, aux producteurs et aux préteurs, par conséquent, au système capitaliste. Ensuite, et cela n’est pas sans lien avec la première solution, ce que l’on appelle la « financiarisation de l’économie » qui consiste à « faire de l’argent avec de l’argent » sans passer par l’économie réelle productrice de richesses mais en spéculant. D’où le développement du système bancaire spéculatif et des places financières où l’enrichissement peut se faire sans travail. Nous savons que cette financiarisation n’est pas sans danger (pensons à la crise des « subprimes » de 2008). Mais l’emprise du capitalisme néolibéral est telle que l’on se voit contraint de « socialiser » les pertes par l’intermédiaire des États après avoir accepté, souvent sans réserve, la privatisation des profits. Enrayer la propagation des crises financières pour éviter l’effondrement d’un système, tel est le mot d’ordre, d’autant que l’effondrement (on parle de « collapsologie ») du capitalisme néolibéral n’est souhaitable que si les conditions d’une nouvelle formation sociale sont réalisées ou en voie de réalisation dans le système actuel. Sinon, on peut craindre le pire en matière de barbarie où « l’Homme [redeviendrait] un loup pour l’Homme » (Hobbes).
Cependant, des manières de faire dont tout un chacun pourrait être auteur et acteur existent. Je pense que la prise de pouvoir révolutionnaire de type marxiste-léniniste n’est pas aujourd’hui, et encore moins qu’hier, la voie de renversement et de dépassement du capitalisme. Il me semble que tout est à repenser jusqu’à un changement radical de vocabulaire et de paradigme : classes sociales, masses, partis d’avant-garde, place et rôle des États… jusqu’au concept de révolution dont le néolibéralisme lui-même a fait un de ses étendards.
Mon expérience, mes lectures et ma réflexion m’ont conduit à la « bifurcation » entendue « comme mouvement réel » à même d’« abolir l’état actuel » des choses (Marx et Engels, L’idéologie allemande). Les grandes bifurcations sont peu nombreuses dans l’histoire de l’humanité. On n’en compte peut-être que trois : l’hominisation (le passage à la posture debout), l’humanisation (l’invention du langage et de la pensée symbolique), la « révolution néolithique » (passage des chasseurs-cueilleurs à l’élevage et à l’agriculture) dont nous sommes les héritiers. Toute bifurcation, même lorsqu’elle se nourrit de tout ce qui l’a précédée, supprime toute possibilité de retour en arrière, ce qui n’est pas le cas des « révolutions ». La bifurcation, notamment celle qui s’engage aujourd’hui est faite de plusieurs processus — transitions, anticipations, mutations, métamorphoses, conscientisations, transformations, expérimentations d’alternatives, révolutions — contribuant à un processus général de changement de cap dont seuls les femmes et les hommes sont les acteurs, chaque pas éclairant le suivant dans un mouvement où une compréhension des réalités et une éducation mutuelle sont les seules boussoles au service d’un devenir totalement autre mais dont on a encore du mal à dessiner avec précision la forme aboutie.
Je fais donc l’hypothèse, compte tenu de la complexité du monde et des forces à mobiliser pour le transformer, qu’une éducation populaire mutuelle, critique, permanente et politique est indispensable à une telle bifurcation, sinon à considérer que la bifurcation serait le fait d’une transcendance, d’un bon ou d’un malin génie (il peut y avoir des bifurcations catastrophiques ou barbares), ou de lois de l’Histoire dont les humains seraient les jouets. À ce jour, l’éducation populaire ainsi déclinée contribue — ou devrait contribuer — d’une manière décisive à trois types d’engagements au service d’une bifurcation se soldant par une sortie du capitalisme néolibéral et par l’institution de rapports sociaux radicalement nouveaux.
- Il est urgent de politiser ou de repolitiser les questions de société soulevées ou non résolues par le capitalisme néolibéral et de ne pas les laisser dans les seules mains des experts voire des pouvoirs politiques en place. Penser et agir localement à partir de ce qui affecte les gens pour pouvoir penser et agir globalement, voilà ce que nous impose la mondialisation qui ne supprime pas, bien au contraire, une myriade de proximités diverses où tout commence et où se font les premiers pas. Il s’agit de créer, d’animer et de défendre ce que Jurgen Habermas appelle des « espaces publics » que sont « les réunions en un public de personnes privées faisant une utilisation publique de leur raisonnement et de leur raison critique » (L’espace public). Ces espaces de repolitisation sont des moments démocratiques préparatoires à l’engagement et à l’action collective où « tout le monde devient légitime à parler de la cité » (Jacques Rancière) et où chacun compte pour un, où le débat contradictoire voire conflictuel mais toujours coopératif ne réduit pas l’individu à être « entrepreneur de lui-même » dans un gouvernement des hommes dont le seul principe serait la concurrence. Or, participer à ces espaces publics, y prendre la parole, argumenter, voire délibérer pour un passage à l’action, demande une formation qui relève notamment d’une éducation populaire où « les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde » (Paolo Freire, La pédagogie des opprimés).
- La deuxième forme d’engagement qui n’est pas contradictoire avec la précédente est celle des mobilisations collectives thématiques (le climat, le logement, la défense des salariés, des avantages acquis, des droits…) ou plus généralistes (la démocratie, les injustices sociales, la vie chère, les violences d’États..). Après un certain essoufflement du mouvement altermondialiste, nous assistons à une recrudescence des mobilisations collectives (du Chili jusqu’à Hong-kong) sous des formes très différentes : marches, mobilisations massives et sur le long terme (actuellement en Algérie), occupation des places, des ronds-points (les « gilets jaunes en France) et des Zones à Défendre. Ces mouvements jettent à la face du monde et de ses dirigeants, les mécontentements, les urgences à agir, les significations et valeurs d’un nouvel imaginaire social contradictoire avec celles du néolibéralisme et des populismes. Ces mouvements sont ainsi des espaces d’éducation populaire, mutuelle, critique et politique, y compris pour ceux qui en restent spectateurs. Les « indignés » en Espagne, les « nuits debout » et les « gilets jaunes » en France sont de grands moments d’une éducation populaire que je qualifie de « spontanée » et d’« organique » au sens où elle fait corps avec le mouvement en lui donnant force et cohérence tout en transformant ceux qui y participent. Une éducation populaire qui prend ses racines dans le mouvement ouvrier émergeant du XIXe siècle et dont elle constitue « la dimension culturelle » (Luc Carton) et qui ne doit pas être séparée de sa forme « propédeutique » portée par les associations et mouvements d’éducation populaire et de jeunesse attachés à la formation de subjectivités agissantes selon des méthodes, stratégies et procédures pédagogiques dont il est impossible de faire un inventaire exhaustif (pour quelques exemples, voir mon dernier livre, Éducation populaire et questions de société. Les dimensions culturelles du changement social, Edilivre, 2017).
Mais le mouvement le plus structurant pour sortir du néolibéralisme et s’engager dans une bifurcation de l’humanité est sans aucun doute la création et l’institution de « communs » résistant à l’appropriation des marchés et au contrôle des États. Ce mouvement, déjà engagé de longue date, prend racine dans les coopératives, mutuelles et organisations de solidarité du mouvement ouvrier, dès le XIXe siècle, puis dans la vie associative et dans l’économie sociale et solidaire. Bien qu’ignoré, voire méprisé par le capitalisme, ce « communalisme » déjà présent dans la Commune de Paris et dans les conseils ouvriers s’étend sous des formes diverses sur l’ensemble de la planète. Il se développe dans les interstices laissés vacants par le néolibéralisme, dans les failles d’un système incapable de répondre aux besoins les plus élémentaires de l’humanité. Il est souvent le fait d’hommes et de femmes confrontés à la dureté de la vie, notamment dans les pays « en voie de développement » et profondément inégalitaires. Il s’affirme sous la forme de ce « million de révolutions tranquilles » (Bénédicte Manier) où des femmes et des hommes librement associés « répondent à la plupart des maux de la planète : ils reverdissent le désert, font disparaître la grande pauvreté, créent des emplois, mettent en place une agriculture durable respectueuse de l’environnement, gèrent eux-mêmes la distribution de l’eau. Des millions d’autres [notamment en Occident] décident de vivre autrement. De vivre mieux. Et pour cela, ils s’affranchissent de l’hyperconsumérisme, réinventent l’habitat, la démocratie locale ou l’usage de l’argent » (Un million de révolutions tranquilles, éditions Les Liens qui Libèrent). Il s’agit de « changer le monde sans prendre le pouvoir » (John Holloway) — c’est pour cela que je préfère parler de petites bifurcations inscrites dans un « mouvement réel qui abolit l’état actuel » et non de prises de pouvoir révolutionnaires. Il s’agit au contraire de « faire un pas de côté », de « faire sécession », de choisir « l’exode » consistant à abandonner un monde pour en créer un nouveau, plutôt que l’affrontement violent, et ainsi de « miner de l’intérieur » ce que André Gorz appelait « la méga-machine » dont nous sommes que nous le voulions ou pas — à titre de producteur et de consommateur — « les serviteurs » qui se font dicter, par les pratiques et les discours les plus divers, « les fins à poursuivre et la vie à mener » (« La sortie du capitalisme a déjà commencé », Ecologica, éditions Galilée, 2008).
Toutes ces initiatives sont guidées par une intelligence collective des réalités vécues et par la création d’un nouvel imaginaire social où dominent les valeurs et les significations d’entraide, de partage équitable, de solidarité, de coopération, de primat de la valeur d’usage sur la valeur d’échange lucrative, de l’être sur l’avoir, de la complémentarité sur la concurrence. Or, cette intelligence collective et ce nouvel imaginaire social appelés à configurer puis à instituer un modèle de société alternatif à celui du capitalisme néolibéral, relèvent en grande partie d’une éducation mutuelle, permanente et politique généralement « organique », mais également « propédeutique » à destination des enfants, des jeunes, et des personnes restées jusqu’ici en dehors des débats de société, des mouvements sociaux et de l’institution de communs porteurs d’une urgente et nécessaire bifurcation de l’Histoire.
Plus précisément, en quoi peut consister cette éducation populaire ? Quelles sont ses missions essentielles qui la rendent irremplaçable ? Elles sont de plusieurs ordres intimement liés par des postures communes et des manières de faire complémentaires : une éducation de la multitude (concept plus ouvert que celui de « peuple »), par, avec et pour la multitude, un mutualisme ou chacun s’éduque avec les autres et par l’intermédiaire du monde, une volonté de transformer ce qui ne peut rester plus longtemps en l’état et d’en rendre les individus auteurs et acteurs…. S’agissant des missions essentielles, elles sont, selon moi, au nombre de six :
- l’élucidation d’un monde complexe à partir des situations et des expériences vécues où les intellectuels peuvent, par leurs apports en savoirs et à condition qu’ils se mettent d’aplomb et non en surplomb avec le réel, retrouver une place grâce à des méthodes actives : l’arpentage, la conférence dialoguée, l’enquête participative, la conférence gesticulée suivie, de moments collectifs de désintoxication de la langue de bois néolibérale.
- la conscientisation permettant de comprendre la place que l’on occupe dans la société et celle que l’on devrait ou pourrait y occuper, mais également les résistances et les freins qui en limitent la possibilité tant en termes de compréhension que de passage à l’acte.
- l’émancipation qui, avant de prendre des formes collectives spectaculaires, consiste pour chacun à sortir, aussi modestement que cela soit (la première pétition que l’on signe, un premier engagement dans un mouvement social, une implication dans un « commun » associatif…), de la place qui nous est assignée par les rapports sociaux en place, le genre, l’âge, les inégalités, le handicap, la maladie, les accidents de la vie et, quelques fois nos éducations, habitudes et cultures d’origine.
- l’augmentation de notre puissance individuelle, collective et démocratique de penser et d’agir par des pratiques déjà identifiées : l’élucidation, la conscientisation, l’émancipation ouvrant sur la prise de conscience de notre puissance sociale à même de changer les choses, de transformer les institutions en place, de nous engager dans un combat, de desserrer les freins et de « faire sauter » des résistances hors de nous et souvent en nous.
- la contribution à la création d’un imaginaire social apportant cohérence et adhésion à des engagements collectifs et à l’institution de ce que Castoriadis appelait « un social historique » nouveau, en l’occurrence, ce que j’appelle une « communalisation démocratique » bien différente de la « globalisation » néolibérale.
- la contribution, par une lucidité, une puissance d’agir et des valeurs et significations nouvelles à la transformation radicale des rapports sociaux de tous ordres (travail, consommation, habitat, prises de décision, rapports à notre environnement naturel, sociabilité…) ainsi que des individus eux-mêmes, chaque transformation n’étant pas possible sans l’autre. C’est sans doute sur la question d’une transformation des individus pour et avec eux, et surtout pas de manière autoritaire, que l’éducation populaire, critique, mutuelle, permanente et politique est la plus attendue : comment passer, en conscience et avec lucidité, du « sujet néolibéral », « entrepreneurial » formé et formaté par le néolibéralisme, à un sujet solidairement et librement impliqué dans la bifurcation vers un autre monde ? L’expérience associative démocratique bien conduite peut sans aucun doute accompagner les premiers pas de ceux qui sont les seuls à pouvoir changer le cours de l’Histoire : les hommes et les femmes de toutes conditions, y compris ceux et celles qui sont, à ce jour, sous l’emprise d’une servitude volontaire totale à l’égard du capitalisme néolibéral. Ensuite les sciences et les nouvelles technologies suivront et pourront vraisemblablement être utilisées à d’autres fins en nous permettant, comme le pensait André Gorz, de produire « le nécessaire et le désirable…dans des ateliers coopératifs et communaux d’autoproduction… interconnectés à l’échelle du globe, et d’échanger ou de mettre en commun leurs expériences, inventions, idées, découvertes » (« La sortie du capitalisme a déjà commencé », cité plus haut).
Pour conclure et laisser place à la discussion la plus ouverte possible, rappelons-nous la très belle formulation de Hegel dans sa préface de La phénoménologie de l’Esprit : « Cet émiettement continu qui n’altérait pas la physionomie du tout est brusquement interrompu par le lever du soleil qui, dans un éclair, dessine en une fois la forme du monde nouveau ». Nous y sommes. Le processus de bifurcation est engagé. Le capitalisme néolibéral, aussi impérial et impérialiste soit-il, du moins en apparence, connaît un émiettement sous la pression de différentes mobilisations et d’espaces publics de plus en plus autonomes, de prises de conscience de mieux en mieux partagées de ce qui rend inacceptable le système actuel et de créations de « communs » dont il n’est pas maître, marquent ses limites et le fragilisent. Mais cette bifurcation ne sera pas de tout repos. Des zones et moments d’affrontement dont les plus importants toucheront à la propriété et au pouvoir de dominer sont à prévoir. On aura besoin d’y voir clair. L’éducation populaire critique, mutuelle, permanente et politique doit et peut contribuer avec les forces qui sont les siennes — organiques et propédeutiques — à ce décisif lever du soleil dessinant la forme d’un monde nouveau qui, à la différence du capitalisme néolibéral, pourrait se définir comme l’ensemble des discours, des pratiques et des dispositions conduisant à un autogouvernement des Hommes et à une gestion de « communs » selon le principe universel de la coopération démocratique.
Remarque générale suite au colloque et notamment aux échanges de l’après-midi : j’ai distingué l’éducation populaire « organique », celle qui fait corps avec les mouvements sociaux (par exemple « les gilets jaunes ») et l’éducation populaire « propédeutique » qui relève de nos associations, mouvements et institutions d’éducation permanente. Cette dernière renvoie en grande partie à nos responsabilités d’animateurs, d’éducateurs et de militants en lien avec les pouvoirs publics. Il m’apparaît de plus en plus clair que cette éducation populaire ne pourra réellement contribuer à l’urgente nécessité d’une bifurcation de l’Histoire que si, elle-même, « bifurque », tant dans ses modes d’actions que dans ses missions et objectifs.
- Christian MAUREL, sociologue de la culture et de l’éducation populaire politique, docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (directeur de thèse : Jean-Claude Passeron), ancien directeur et délégué régional de la Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture, ancien professeur associé à l’Université de Provence (Aix-Marseille 1/ Arts et métiers du spectacle/ Médiation culturelle / Action socioculturelle et sociale), ancien président du Mouvement Associatif de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Publications :
Éducation populaire et travail de la culture. Éléments d’une théorie de la praxis, L’Harmattan, 2000.
Éducation populaire et puissance d’agir. Les processus culturels de l’émancipation, L’Harmattan, 2010.
Construire son devenir et faire l’Histoire. Propositions pour une alternative démocratique à la délégation de pouvoir. Essai d’écriture collective (avec Patrick Nouguier et 35 « auditeurs » de l’Université Populaire du Pays d’Aix-en-Provence), éditions Edilivre, 2016.
La culture, pour quoi faire ? Éditions Edilivre, 2016.
Éducation populaire et questions de société. Les dimensions culturelles du changement social, éditionsEdilivre, 2017.
Le châtaignier aux sabots ou les longs hivers, éditions de l’officine, 2010 (roman).
Horizons incertains. D’un monde à l’autre, éditions de l’officine, 2013 (roman). ↩︎
Pour citer cet article :
Tribune libre #7 Comment écrire l’éducation populaire en 2024 ? En quoi et comment l’éducation populaire peut-elle contribuer à l’urgente nécessité d’une bifurcation radicale de l’Histoire ? Christian Morel, André Decamp, Regards sur le travail social, 12 mars 2024. https://andredecamp.fr/2024/03/12/tribune-libre-7-comment-ecrire-leducation-populaire-en-2024/
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Tribune libre #6 Comment écrire l’éducation populaire en 2024 ?

NE PAS CONFONDRE « ÉDUCATION POPULAIRE » ET « ANIMATION »
Par Irène Pereira1
L’éducation populaire historique
L’éducation populaire ne renvoie pas historiquement à une définition précise. Néanmoins, il est possible de considérer que la notion a désigné durant le XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle, un ensemble de pratiques éducatives qui visent à développer chez les classes populaires une vision du monde.
L’éducation populaire renvoie alors principalement à trois courants qui visent à établir chacun une hégémonie culturelle sur les classes populaires : l’église catholique, le républicanisme laïc et le mouvement socialiste.
L’éducation populaire n’est pas exempte d’un projet de contrôle du temps libre des classes ouvrières. Par exemple, le mouvement syndical lutte contre l’alcoolisme et cherche à promouvoir des pratiques culturelles à travers les bourses du travail (ex : engagement syndical, bibliothèque, cours du soir…)
Ce contrôle du temps de loisir avec la diffusion d’une vision du monde se trouve en particulier à l’œuvre dans les organisations de jeunesses.
Questions à Jean-Claude Richez (Historien) – éducation populaire – cese L’avènement de l’ère de l’animation
L’éducation populaire a été supplantée par l’animation à partir des années 1950 sous l’effet de plusieurs phénomènes.
Les organisations d’éducation populaire reçoivent des subventions et les militants connaissent une professionnalisation qui conduit à une neutralisation progressive de l’éducation populaire.
Le principe de contrôle du temps de loisirs de la jeunesse reste une constante.
Mais, il se développe dans le cadre d’une société où la réduction du temps de travail, qui a été conquis par les luttes sociales, est colonisée par la société de consommation et en particulier les industries du divertissement.
La notion de loisir change de sens. Elle ne désigne plus un temps dédié à l’étude et à l’engagement dans la vie politique, mais un temps dédié au divertissement.
L’animation désigne alors progressivement l’activité professionnelle qui vise à fournir une activité de divertissement (voire sportif) à personnes dont on estime qu’elles ont du temps de loisir qu’il faut occuper pour le contrôler, à savoir principalement les jeunes, mais aussi dans une moindre mesure les personnes âgées.
Les techniques d’animation
L’éducation populaire se voit également réduit à des techniques d’animation dont les différentes formes de « brises glaces » ou autres techniques de ce genre constituent un exemple.
Il s’agit certes de détendre l’atmosphère en début de réunion pour faciliter l’interconnaissance, mais les implicites mis en œuvre de ces pratiques ne sont pas interrogés.
Bien souvent, ces pratiques fonctionnent parce qu’elles reposent sur la soumission des participants à l’autorité de l’animateur (ou formateur) de groupe et sur la base du conformisme de groupe. Les participant-e-s acceptent de se plier à un ordre qui n’a pas de sens, mais qui amène justement à faciliter l’obéissance de groupe à des activités certes divertissantes – voire parfois « infantilisantes » -, mais qui n’ont guère de sens.
L’éducation populaire, des pratiques qui ont du sens
Que peut désigner l’éducation populaire aujourd’hui ? Elle peut justement consister dans un ensemble de pratiques qui nous amène à réfléchir sur notre vie quotidienne pour agir dessus de manière à la transformer. L’objet de réflexion de l’éducation populaire peut-être les modes de vie ordinaire (ex : le travail, les loisirs, la consommation, l’organisation du temps, de l’espace etc.)
L’éducation populaire repose sur des pratiques qui ont du sens. Ce n’est pas tant la nature des techniques que le sens que l’on met derrière les techniques qui caractérise l’éducation populaire. Les pratiques ne sont pas là juste pour proposer de l’animation, mais elles visent à développer une démarche de prise de conscience critique tournée vers une action collective de transformation sociale.
Par exemple, une activité de « brise glace » comme le groupe d’entretien mutuel, peut déjà être une occasion d’amener une réflexion autour de la critique sociale : « citer une activité que l’on aime bien ou que l’on n’aime pas » par exemple renvoie au fait qu’en réalité nos goûts et nos dégoûts sont construits socialement. Nous pensons qu’ils nous définissent individuellement, alors qu’ils sont collectifs et construits socialement. Dire une réalité que l’on aimerait changer dans sa vie amène à s’intéresser à l’objectif de transformation sociale.
L’objectif de l’éducation populaire est de passer de l’individuel au collectif, du psychologisant au social, du problème vécu individuellement à l’action collective de transformation sociale.
RDV de la Doc’ – La fabrique de l’éducation populaire et de l’animation L’article original a été publié le 10 février 2022 sur le site Education populaire conscientisante (Licence CC BY-NC-SA 4.0).
- Certifiée en philosophie et habilitée à diriger des recherches (HDR) en sociologie, Irène Pereira est Professeure des Universités à l’Université de Rouen Normandie, chercheuse au laboratoire CIRNEF. Elle est co-fondatrice de l’IRESMO et auteure de plusieurs ouvrages sur le militantisme, la sociologie du travail, la philosophie de l’éducation ou encore l’éthique professionnelle. ↩︎
Le tigre – Deceptacon Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à vous abonner pour être averti des prochains par mail (“Je m’abonne” en bas à droite sur la page d’accueil). Vous pouvez également me suivre sur LinkedIn.
Pour citer cet article :
Tribune libre #6 Comment écrire l’éducation populaire en 2024 ? Ne pas confondre « Éductaion populaire » et « animation ». Irène Pereira, André Decamp, Regards sur le travail social, 13 février 2024. https://andredecamp.fr/2024/02/13/tribune-libre-6-comment-ecrire-leducation-populaire-en-2024-ne-pas-confondre-education-populaire-et-animation-par-irene-pereira/ -
Comment ce qui pose problème devient un enjeu politique ? Par André Decamp

Selon Marcelo Otero (2012), il existe une multitude d’attitudes pour faire face à certains phénomènes ou comportements censés poser problème. Ces réponses sont parfois induites par des réactions liées à la culture, telles que le rejet ou la condamnation – plus ou moins franche et violente – de certaines attitudes considérées comme des écarts par rapport à la norme culturelle d’une société. Le trouble se vit alors comme une entorse à l’univers normatif véhiculé par les différents mécanismes de socialisation (famille, école, travail…). Il peut s’agir également de stratégies volontaires, élaborées dans le cadre de champs disciplinaires spécialisés (criminologie, psychiatrie, psychologie, travail social, médecine, psychoéducation, sociologie, etc.).
Quelle que soit leur genèse (culture, science, normes, valeurs…), l’ensemble de ces réactions et de ces stratégies est une façon d’identifier « ce qui déplaît » et « ce qui ne fonctionne pas » dans une société, selon les mots de Marcelo Otero. Elles sont avant tout une façon de nommer et de dénoncer ce qui pose problème dans une société[1], sur le plan social et culturel. C’est autour de ce contexte que l’action publique s’est peu à peu construite et déconstruite. La sociologie peut être considérée comme un levier pour le monde académique, mais aussi pour le policy (politique publique en tant que programme d’action) et le politics (la politique en général).« Les transformations qui ont affecté les espaces de production des politiques ont, de fait, favorisé le renouvellement des pratiques de gouvernement » [2], souligne Vincent Dubois.
Si tout problème est susceptible de devenir politique au sein d’une société, il faut se poser la question des mécanismes qui régissent ce processus. Il est néanmoins possible d’affirmer que le déclenchement de l’action publique n’est pas lié au seuil d’intensité d’un problème. Ainsi, aucune relation directe n’existe entre l’apparition d’un problème X et la mise en place d’un projet Y (l’un ne va pas induire l’autre). Les politiques ne sont mises en place qu’à partir d’une transformation de la perception des problèmes. Cela sous-entend qu’un problème politique est une élaboration sociale, un « construit social », qui s’élabore à partir de multiples facteurs liés à la société et au système politique dans lesquels il se pose et s’impose. Pour cerner la problématique et y répondre, il convient de repérer les mécanismes qui déclenchent la motivation des pouvoirs publics d’inscrire le problème sur leur agenda.
Même s’il s’agit de problématiques distinctes, et si elles ciblent des activités sociales différentes, elles restent néanmoins complémentaires. Leur différenciation s’effectue à partir d’un continuum qui s’étend d’amont en aval (de l’émergence des enjeux publics à la mise en place de l’agenda décisionnel). Comment rendre compte du processus de construction des problèmes publics ? On peut repérer trois approches possibles :
– la première entrée s’intéresse à la façon dont des faits sociaux se transforment en problèmes publics (accent mis sur les catégorisations) ;
– la seconde repose sur la conversion des problèmes publics en problèmes politiques, et s’attache aux contraintes particulières de la mise en politique ;
– la troisième est centrée sur la question de la mise sur agenda et s’intéresse aux processus prédécisionnels.
A présent, dirigeons-nous vers les centres sociaux. On aurait tort de considérer que, parce que, dans lʼensemble, ils accomplissent leur mission sans défaillance leur avenir serait assuré sans risque. Plusieurs situations que nous avons rencontrées au cours de notre parcours professionnel nous font penser que, faute dʼun regard neuf et de relations plus confiantes et plus stables avec les gouvernements successifs (et actuel !), une partie des centres sociaux pourrait être emportée dans la tourmente. Nous avons également pu constater que trop peu nombreux sont ceux qui, dans les diverses échelons de responsabilité européenne, ont conscience de ces enjeux et sʼimpliquent pour soutenir ces équipements. Nous faisons l’hypothèse que cʼest par une sérieuse remise à plat des modes dʼintervention des pouvoirs publics qui les soutiennent que lʼon pourra garantir que lʼaction entreprise depuis de nombreuses années au service de l’intérêt général pourra se pérenniser et sʼadapter aux réalités du prochain siècle. Et, c’est sans doute également par l’entremise d’une « radicalisation de la démocratie administrative que l’on pourra régénérer notre système politique »( Thomas Perroud, 2023).
Alors, quel enjeu politique pour les centres sociaux ?
[1] Otero, M. (2012). Repenser les problèmes sociaux. Le passage nécessaire des populations «problématiques» aux dimensions «problématisées». Sociologies. Marcelo Otero, Professeur titulaire au Département de sociologie, UQÀM Membre du CREMIS. Nous a quittés subitement le 3 janvier 2024, à l’âge de 63 ans.

[2] Vincent Dubois. L’action publique. Cohen (A.), Lacroix (B.), Riutort (Ph.) dir. Nouveau manuel de science politique, La Découverte, p. 311-325, 2009. halshs-00498038
Pour citer cet article :
Comment ce qui pose problème devient un enjeu politique ? André Decamp, André Decamp, Regards sur le travail social, 5 février 2024. https://andredecamp.fr/2024/02/05/comment-ce-qui-pose-probleme-devient-un-enjeu-politique-par-andre-decamp/ -
Livre / Éducation populaire, Nouvel eldorado des start-up sociales ?
Les bouleversements du monde associatif face au nouveau paradigme de l’entrepreneuriat social

Cet ouvrage dévoile le processus de mise en place des nouvelles normes et procédures européennes au sein du secteur social. L’arrivée de nouveaux acteurs dans le monde associatif, notamment les start-up sociales, remet l’avenir des centres sociaux français en question. Structures de proximité par nature, impliquées dans des activités sociales, éducatives, culturelles, familiales, engagées dans une démarche d’éducation populaire et d’animation du territoire, les centres sociaux ont pour mission première de répondre aux besoins des habitants.
Les modalités de financement des associations ont évolué de manière significative avec des conséquences capitales pour le secteur associatif : importance de l’impact social, mise en concurrence des prestataires de service, développement des modèles organisationnels hybrides mêlant entreprises à but lucratif et associations. Pour trai- ter cette thématique, André Decamp analyse cette évolution en tant que chercheur, mais aussi comme ancien praticien du secteur associatif. Il développe tout d’abord un examen de la situation actuelle des centres sociaux et les resitue, ensuite, dans un contexte plus général.
En venant bousculer le mode de fonctionnement du secteur associatif, ces nouvelles normes obligent les délégué·e·s des centres sociaux à revoir leurs modalités d’intervention pour mener à bien leurs missions. C’est à travers une enquête de terrain que l’auteur nous livre ici leur perception de cette nouvelle façon de travailler, et comment ils comptent mettre en œuvre des solutions pour un renouveau au moment où les fédérations sont prises en étau entre innovation sociale et contraintes financières.

Passionné par le monde associatif, la sociologie politique et l’éducation populaire, Directeur d’établissement social pendant vingt ans, André DECAMP est aujourd’hui Membre du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), du Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action (LISRA). Doctorant en codirection à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et l’Université de Montréal (UDEM). Il est formateur occasionnel, à Buc Ressources et à l’IRTS Paris Parmentier, pour les filières des métiers du travail tels que Assistant.e de Service Social, Educateur.trice Jeunes Enfants, Educateur Spécialisé et étudiant.e. en Ingénierie Sociale.
Feu! Chatterton – Monde Nouveau Pour citer cet article :
Livre / Éducation populaire, Nouvel eldorado des start-up sociales ? André Decamp, André Decamp, Regards sur le travail social, 31 janvier 2024. https://andredecamp.fr/2024/01/31/livre-education-populaire-nouvel-eldorado-des-start-up-sociales/ -
Tribune libre #5 Comment écrire l’éducation populaire en 2024 ?

Interview de Pierre Cardo : Réconcilier la démocratie représentative et la démocratie participative par une réelle volonté politique d’éducation populaire
Pierre Cardo a su conserver une énergie (contagieuse !). L’ancien maire de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), qui va vers ses 75 ans cette année, fut député de la 7e circonscription des Yvelines et président de la communauté d’agglomération des Deux Rives de la Seine (CA2RS). Il a quitté trois fois le monde politique : en 2009 (mandat municipal), en 2010 (député) et en 2012 (intercommunalité). Il s’est éloigné des Yvelines pour s’installer dans le Poitou, mais n’hésite pas à y revenir de temps à autre.
Pierre Cardo a relevé le défi d’ériger, au fil de ses mandats politiques, une perception et une conception fines et éclairées des politiques de la ville, tout en conservant son attachement sans faille au sens de la rigueur, au goût de l’indépendance et une aptitude essentielle à l’ouverture d’esprit.
J’ai pris attache auprès de Monsieur Pierre Cardo afin qu’il rejoigne la série de points de vue relative à l’éducation populaire sur mon blog.
Comme pour les autres personnes sollicitées, je lui ai indiqué avant l’échange qu’il ne s’agissait pas de distribuer de bons ou mauvais points, que ce soit aux acteurs d’éducation populaire, ou que ce soit à leurs structures, mais d’interroger nos utopies réalistes nos capacités à penser ce qui nous arrive. Quelles seraient les formes d’éducation populaire dans lesquelles les bouleversements en cours pourraient se représenter ? Face aux grandes crises (écologique, financière que nous connaissons, et alimentaire en particulier), le mouvement d’éducation populaire serait-il capable d’intégrer le monde qui vient ?
Aussi, je vous partage non pas son écrit, mais la retranscription d’un échange direct avec un homme d’action, comme il se définit.
« Je vous remercie pour votre proposition qui m’honore. Mais sincèrement j’ai assez peu de temps en ce moment pour m’attaquer à un sujet qui fait déjà l’objet de tant de débats pour sa définition. (l’entretien qui ne devait pas être long durera plus de 2h !)
J’ai toujours été davantage dans un élan pour l’action, plutôt que de perdre mon temps et celui des habitants en tergiversations, même s’il m’est arrivé d’écrire livre et rapports à une autre époque.
L’éducation populaire est pour moi le seul moyen de lutter contre la violence dans et de la société, en donnant du pouvoir à des usagers qui veulent devenir acteurs de leur vie en apportant leurs propres réponses à des besoins de la population, pas toujours pris en compte par les décideurs. Simplement il faut avoir la volonté politique de les accompagner dans leur démarche, en permettant de valoriser leurs aptitudes pour qu’elles deviennent des compétences. Ce pouvoir que l’on donne ainsi à une population est non pas un affaiblissement de la démocratie représentative par la création d’un contre-pouvoir potentiel, mais au contraire un renforcement de celle-ci par la création d’un autre pouvoir. C’est ainsi que l’on pourra réconcilier la démocratie représentative et la démocratie participative. L’éducation populaire dans ses multiples formes peut être le meilleur remède contre la violence, la désinformation, la déculturation. Elle doit seulement se garder de trop s’institutionnaliser et aussi de se laisser instrumentaliser. Les maires doivent accompagner les habitants dans une démarche de proximité.A l’époque où j’étais maire à Chanteloup les Vignes, j’ai eu affaire à des Ministres qui me proposaient des équipements type médiathèque ou théâtre pour répondre aux besoins de ma population alors que j’évoquais des initiatives qui me paraissaient plus urgentes comme le cinéma d’animation, les activités de plein air, les ateliers de cuisine interculturel etc. Mon attitude réservée à l’égard de ces équipements provenait sans doute de l’époque où j’étais président d’association socio-culturelle. Il existait une section ciné-club. Problème : ils étaient 5 organisateurs et leurs propres spectateurs. Ils m’expliquaient que c’était important d’avoir des films à thèse pour provoquer des débats et conscientiser la population. Ça ne m’a pas convaincu. J’ai demandé à un animateur bénévole de la Cité si il avait une idée de ce qui pourrait attirer du monde dans notre grande salle de cinéma de l’ancien foyer Sonacotra (renommé COALLIA aujourd’hui) où nous avions nos activités.
Il m’a proposé tout simplement de louer des films et dessins animés pour enfants et de distribuer le programme pour le mercredi après-midi dans les écoles. Nous avions prévu une séance pour une centaine d’enfants, en réalité nous avons été obligés d’en faire 2 de 200 enfants chacune dès la première projection. On avait les enfants, on aurait les parents.
De cette expérience, je retirais 2 choses : la première, ça ne sert à rien de vouloir éduquer un public qui n’a pas envie de venir sauf à espérer éduquer les murs ; la seconde, c’est que peut importe le projet, ce qui compte c’est de créer l’envie de venir. Le travail éducatif peut venir ensuite.
Au cours de mes différents mandats politiques, j’ai souhaité une nouvelle approche de la politique : plus simple, plus directe, plus humaine. On est certes élu pour agir pour les gens, mais ce qui compte le plus c’est de faire avec les gens dans les sens du terme “avec”, autrement dit avec eux et comme ils sont.
L’intérêt de l’éducation populaire est qu’elle peut prendre des formes extrêmement diversifiées, ce qui lui permet de répondre au plus près des besoins des populations auxquelles elle s’adresse. Dans sa forme associative, elle peut être un trait d’union essentiel entre le pouvoir institutionnel et les habitants. Dans mon esprit, même si le maire est l’échelon le plus décisionnel le plus proche du territoire, l’administration municipale n’est pas pour autant la mieux placée pour gérer l’ensemble des problématiques locales et en initier les réponses. Par contre, elle est essentielle pour accompagner les projets issus de la population et donner les moyens de leur épanouissement.
Je prendrai un autre exemple : un éducateur spécialisé qui trouvait que sa mission ne répondait plus aux besoins de la population, est venu un jour me proposer, avec des jeunes bénévoles issus du quartier, un projet d’aide aux devoirs pour les enfants du primaire. Pour cela, on m’a demandé un appartement. Chaque jour de la semaine, après l’école, en plus de l’aide aux devoirs, était proposé un goûter gratuit aux gamins. Ce fut un succès. Il fallut un deuxième appartement, puis des locaux plus adaptés, car les parents ont rejoint l’association apportant une aide bénévole pour la plupart et surtout leurs idées de projets pour améliorer le quotidien de la Cité. Et c’est ainsi que, à partir de la volonté de jeunes, puis d’adultes, fut créé le premier centre social associatif de la commune, générateur de très nombreux projets. Dans cette affaire, la commune n’était pas à l’initiative mais la confiance réciproque a permis l’éclosion de nombreux projets adaptés aux besoins de la population, la ville se contentant d’accompagner avec ses moyens l’évolution de cette structure associative.
Je pense que c’est un peu selon ses principes que l’on peut bâtir une démocratie participative qui complète parfaitement la démocratie institutionnelle. L’éducation populaire étant en quelque sorte le carburant de ce mode de fonctionnement ».
Johnny Montreuil – Le coeur qui saigne – Acoustic @ Le Grand Soufflet 2016 Pour citer cet article :
Tribune libre #5 Comment écrire l’éducation populaire en 2024 ? Réconcilier la démocratie représentative et la démocratie participative par une réelle volonté politique d’éducation populaire. Pierre Cardo, André Decamp, Regards sur le travail social, 30 janvier 2024. https://andredecamp.fr/2024/01/30/tribune-libre-5-comment-ecrire-leducation-populaire-en-2024/
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La bonne posture professionnelle n’existe pas ?

Pour tenter de conceptualiser la notion de posture, il apparaît nécessaire de la situer par rapport à ses corollaires que sont l’attitude, la conduite, le style, le genre, l’habitus. Dans le langage commun, on assimile souvent posture et attitude à une même notion : la posture étant la « position, attitude particulière du corps, pose »1 et l’attitude la « manière de tenir son corps, position qu’on lui donne, posture»2, tout en spécifiant que la notion d’attitude correspond, en psychologie sociale, à « une disposition profonde durable et d’intensité variable à produire un comportement donné »3.
Selon Hélène Trocmé-Fabre4 et Philippe Carré5, « l’actualisation de l’apprenance dépend de la posture, du positionnement, de l’attitude, de l’intention, des conditions dans lesquelles se trouve l’organisme apprenant et de la façon dont il est relié à son environnement, aux autres et à lui-même ». Quant aux attitudes, elles comportent plusieurs facettes, en fonction des réactions d’un individu par rapport à des objets, des idées ou des personnes : une facette mentale basée sur la représentation, une facette affective basée sur les émotions suscitées et une facette comportementale basée sur les conduites adoptées. L’attitude ne serait donc pas une simple opinion, un ensemble pur de représentations, mais engloberait, au contraire, un ensemble d’affects et de réactions émotives qui contribueraient à guider nos actions et nous engagent au-delà des seules idées ; elle serait un « état mental et neural »6.
La notion de posture s’inscrit également à une certaine proximité de la notion d’habitus, définie par Pierre Bourdieu7 comme étant un système de dispositions durables intériorisées par les individus du fait de leurs conditions objectives d’existence, et fonctionnant comme autant de principes inconscients d’action, de perception et de réflexion. On distingue deux composantes dans l’habitus : l’éthos, qui désigne la forme intériorisée et non consciente de la morale qui régit la conduite quotidienne, et l’hexis qui correspond aux postures, dispositions du corps intériorisées inconsciemment par l’individu au cours de son histoire. À l’interface de l’interne et de l’externe, la notion de posture, si elle renvoie à celle d’habitus, appelle une clarification du rapport entre ces deux notions : la posture est-elle incluse dans l’habitus ou procède-t-elle de la relation qui existe entre l’éthos et l’hexis? Produit d’un conditionnement incarné durablement dans le corps sous forme de dispositions permanentes, l’habitus est cependant en perpétuelle transformation. Dans la mesure où deux dimensions entrent en jeu, l’une objective (structure), et l’autre subjective (perception, évaluation), on peut dire que l’habitus « intériorise une extériorité », et que réciproquement, il « extériorise une intériorité ». C’est donc bien dans ce mouvement permanent de va-et-vient entre l’interne et l’externe que la notion de posture lui ressemble, et même qu’elle est « au service de » l’habitus.
Ceci nous conduit à postuler que le sens du travail n’est pas, et ne peut pas être, homogène, quel que soit le territoire concerné, parce qu’il dépend des caractéristiques propres à chaque individu8. De son côté, l’organisation du travail ne peut être comprise que par un travail de déconstruction conceptuelle9 de ce que notre perception conçoit comme « un tout unifié et cohérent, entièrement structuré par des buts prédéterminés et fixés une fois pour toutes au service desquels elle se trouve et par rapport auxquels elle est en quelque sorte totalement transparente »10.
Malgré une culture commune d’un métier, la posture reste induite par les émotions, les désirs et les peurs du professionnel, ses liens d’amitié, son rapport au savoir, sa vie intérieure, son rapport à l’autre, son histoire personnelle… tout ce qui fait sa singularité en tant qu’individu »11.
On s’en parle ?
MATHIEU BOOGAERTS – « ONDULÉ » Sources
- « Posture », dans Le Nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Le Robert, 2010. ↩︎
- « Attitude », dans Le Nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Le Robert, 2010. ↩︎
- « Attitude », ibid. » ↩︎
- Trocmé-Fabre Hélène, Réinventer le métier d’apprendre, Éditions d’Organisation, 1999. ↩︎
- Carré Philippe, L’Apprenance, vers un nouveau rapport au savoir, Dunod, 2005. ↩︎
- Allport Gordon William, « The historical background of modern social psychology », dans Lindzey Gardner (dir.), Handbook of social psychology, Addison-Wesley Publishing, 1954, vol. 1, p. 6-56. ↩︎
- Bourdieu Pierre, Choses dites, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1987. ↩︎
- Foudriat Michel, « La construction sociale des représentations des cadres de direction sur l’organisation et les phénomènes d’aveuglement cognitif », Forum, 2016/1, n° 147, p. 27-32 ; Boussard Valérie et al., L’Aveuglement organisationnel. Analyses sociologiques de la méconnaissance, CNRS Éditions, 2004. ↩︎
- Decamp André, « Aveuglement cognitif et double bind en centre social », Empan, 2020/4, n° 120, p. 50-57. ↩︎
- Friedberg Erhard, Le Pouvoir et la règle. Dynamiques de l’action organisée, Seuil, 1993. ↩︎
- Decamp A., Éducation populaire – Nouvel eldorado des start-up sociales ?, Éditions Libre & Solidaire, 2021 ↩︎
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Pour citer cet article :
La bonne posture professionnelle n’existe pas. André Decamp, André Decamp, Regards sur le travail social, 29 janvier 2024. https://andredecamp.fr/2024/01/29/la-bonne-posture-professionnelle-nexiste-pas/ -
Faire Recherche En Commun

Pascal NICOLAS-LE STRAT, responsable du projet « Territoires en expérience(s) », sociologue, professeur en sciences de l’éducation, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis vient de publier Faire recherche en commun aux éditions du Commun.
L’auteur déroule, sous la forme de chroniques de terrain, sa pratique de chercheur qui s’exerce en coopération et en complicité avec les personnes les plus directement concernées. En plaidant pour une science sociale qui se risque et expérimente, il rappelle la nécessité de défaire les privilèges de conditions et d’indiscipliner la recherche pour tendre vers un « faire recherche en commun », éprouvé par les expériences du quotidien. Dans une écriture accessible, il esquisse de nouveaux possibles pour une science sociale…
Pour citer cet article :
Faire Recherche En Commun. André Decamp, André Decamp, Regards sur le travail social, 21 janvier 2024. https://andredecamp.fr/2024/01/21/faire-recherche-en-commun/ -
Pensée fugace sur la question de l’autonomie

L’angle que je pourrais prendre pour entamer cette pensée fugace se fonde sur la relation entre les personnes (professionnels et usagers) et le vivant. Cette approche est à l’opposé de l’ère du tout numérique. En effet, situer cette question en 2024 me semble au plus haut point fondamental. De quoi finalement avons-nous besoin pour être libre ? Pour être heureux ? De quelle liberté parle-t-on ? Il conviendrait sans doute de relire le chef-d’œuvre de La Boétie « Le Discours de la servitude volontaire ».
À mon sens, la question de l’autonomie correspond plutôt au processus de libération que nous cherchons depuis notre enfance. Nous ne voyons pas ce qui est mais davantage ce que l’on croit qui est. Elle est aussi liée à l’amour. L’amour que nous nous portons à nous-même et celui que l’on propose à l’autre. Une quête d’un amour authentique : qui n’attend rien de l’autre, qui se donne si l’on a envie de donner et qui sait dire non quand ce n’est pas le cas. C’est sans doute dans ces moments-là que nous nous reconnaissons et donc que nous gagnons en liberté.
Car « Aimer, c’est faire en secret ce serment : je m’engage de toutes mes forces à défendre ta liberté, à ménager autour de toi l’espace qui te sera nécessaire pour croître et fleurir ! Et même si je dois être surpris par l’évolution de l’autre, même s’il ne devient pas celui que j’attendais qu’il soit un jour, je m’engage à respecter son devenir ! C’est le défi que je relève. Que ta volonté soit faite et non la mienne ! Osons nous laisser surprendre ! N’emprisonnons pas nos proches -ni nos enfants !- dans la représentation que nous avons d’eux. Cassons les moules dans lesquels nous nous enfermons les uns les autres. Offrons-nous la confiance même de nous laisser errer, commettre des erreurs…
Que savons-nous du secret de nos destinées ? En devenant garant de la liberté de celui que j’aime, je lui épargne même de devoir fuir ! Rester ensemble n’est pas, comme au cimetière, une « concession perpétuelle » – c’est une offrande à renouveler chaque jour. » (Singer, C.,2009. Derniers fragments d’un long voyage.)
L’expérience de l’autonomie (je préfère le mot liberté) n’est pas celle que nous avons rencontrée durant notre enfance. La crise de l’adolescence est une quête de l’indépendance. Nous cherchons au travers de l’autonomie à reprendre le dessus sur notre vie, à lui donner encore plus de sens. Nous devenons sans doute malgré nous plus délicat avec celle-ci. La vie est précieuse et celle des autres aussi. Il est donc nécessaire de convoquer une quête perpétuelle pour le respect de la dignité de la personne (et de sa propre personne) en tenant en compte de son histoire, de ses relations, ses désirs, ses silences et ses paradoxes.
L’autonomie, c’est du domaine du délicat, c’est fragile. La liberté est la vie dans toute sa puissance et sa beauté. Et, « Pour qu’une chose soit vraie il faut qu’en plus d’être vraie elle entre dans notre vie. » (Bobin, 1996. L’inespérée.)
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Paolo Nutini – Iron Sky Pour citer cet article :
Pensée fugace sur la question de l’autonomie. André Decamp, André Decamp, Regards sur le travail social, 19 janvier 2024. https://andredecamp.fr/2024/01/19/pensee-fugace-sur-la-question-de-lautonomie/ -
Tribune libre #4 Comment écrire l’éducation populaire en 2024 ?

Le pouvoir d’agir : illusion participative du néolibéralisme ?
par Mathieu Depoil1
Depuis une quinzaine d’années, la notion de « pouvoir d’agir » – traduction francophone du concept d’empowerment – inspire de nombreuses organisations et structures du travail social et de l’éducation populaire. Apparu dans un contexte de lutte sociale aux États-Unis dans les années 70, celui-ci semble aujourd’hui rattrapé et détourné de son objet initial par l’esprit néolibéral, conférant ainsi à ce concept non plus une visée d’émancipation collective et de transformation sociale mais plutôt un encouragement à « l’épanouissement personnel » et à une « contribution citoyenne et symbolique » aux instances démocratiques procédurales. Cette réorientation semble ainsi légitimer, par le fait, une politique d’individualisation des rapports sociaux et de technocratisation de la vie démocratique. Alors, quelles seraient les limites à percevoir au « pouvoir d’agir », tel qu’il est « entrepris » dans notre contexte politique ? Quelles seraient les éventuelles dérives et ambivalences de ce concept, pourtant construit et imaginé autour d’un besoin pressant de justice sociale ?
« Quand on veut, on peut ! », « On a la vie qu’on se donne ! », « Il suffit de le vouloir… », etc. À l’image d’une société où l’individualisme et l’effort personnel constituent le socle primaire des relations au monde, ces expressions régulièrement entendues dans la vie ordinaire et médiatique, traduisent une certaine vision politique que nous pourrions facilement qualifier de néolibérale. Vision centrée sur la capacité seule de l’individu à se surpasser, à quitter sa condition pour s’accomplir, à s’adapter et procéder à sa propre transformation individuelle pour atteindre son but, nécessitant courage, détermination et autosuffisance – être entrepreneur de sa propre personne –, démarche dans laquelle nous ne trouverons aucun égard ni écho à un collectif de personnes ou à une communauté inspirante et protectrice, … Mais les choses sont-elles si simples ? Quid des autres personnes composant le milieu ? Qu’adviendra-t-il du reste de la société ? Des précaires, des exclu·e·s, des dominé·e·s, des opprimé·e·s ? De celles et ceux qui n’ont pas les moyens du courage, de la détermination et de l’autosuffisance ?
Nous analysons que dans notre contexte socio-économique en tension, le néolibéralisme instrumentalise le « pouvoir d’agir » dans le but d’offrir un semblant de solution aux difficultés des plus précaires, inventant ainsi de toute pièce le pendant illusoire et social du « pouvoir d’achat » : redonner économiquement l’illusion du pouvoir d’achat pour ne pas créer de révolte et redonner politiquement l’illusion du pouvoir d’agir pour ne pas initier de révolution. Cette illusion se construit dans une réponse par le bas, c’est-à-dire en donnant uniquement la possibilité aux personnes de se changer et se prendre en charge elles-mêmes, en les détournant des enjeux pouvant requestionner le système politico-économique dans lequel nous évoluons actuellement. Le pouvoir de décision n’est pas réellement donné sur les grandes questions démocratiques et sociétales, ce qui serait un pouvoir vers le haut. Pour les néolibéraux, la rupture avec le projet émancipateur du pouvoir d’agir se situe ici : entre l’organisation marchande de notre société, la fabrique du consentement de masse, et la vision minimaliste et procédurale de la démocratie2 (Stiegler – 2019). À nous, travailleurs et travailleuses du lien social de ne pas tomber dans le piège.
Ces politiques ayant déjà envahi le secteur de la santé (marché public, modèle tentant de l’utilisateur/payeur, marchandisation des soins, etc.) et de l’éducation (parcours sup’, division du travail éducatif, etc.), il n’y aurait aucune raison que le travail social et l’éducation populaire n’y échappent3 (Richez – 2016).
Avec cette forme de « pouvoir d’agir », le fait d’élaborer à des fins d’individualisation des rapports sociaux, de « responsabilisation », « de rationalisation » et « d’auto-prise en charge » des plus démuni·e·s4 (Bacqué, Biewener – 2015), le néolibéralisme et les acteurs qui s’en saisissent (souvent malgré eux), constituent une attaque contre le fondement pédagogique de nos métiers. Emmêlant les éducateurs et éducatrices dans une complexité technique et sémantique visant à transformer le pouvoir d’agir en termes-valise, l’idée principale serait surtout d’instaurer une légitimation citoyenne des orientations technocratiques et financières par une tentative d’humanisation des procédés justifiant un semblant de vie démocratique. Tout devient alors « Pouvoir d’Agir » : choisir son repas au self, c’est le pouvoir d’agir. Laisser les enfants choisir entre « activités manuelles » et « sport », c’est le pouvoir d’agir. Laisser les familles choisir la destination du week-end famille, c’est le pouvoir d’agir. On quitte les processus pédagogiques de l’émancipation pour se réfugier dans les méthodes dites « participatives » souvent réduites à la simple notion d’envie personnelle et de choix. La méthode dite active s’impose au détriment d’un processus critique.
Dans notre cas, le « pouvoir d’agir » émancipateur semble être menacé par plusieurs éléments propres au néolibéralisme et à la confusion qu’il alimente :
– l’approche individuelle du processus, détachée d’un objet de lutte collective pour un changement social : confondre le bien-être individuel (qui agit sur sa propre existence) avec la volonté de changement et de révolte personnelle (qui agit sur la cause de l’oppression collective). L’argument courant d’amorcer le processus de pouvoir d’agir par une démarche de développement personnel, sans privilégier les rapports sociaux, trouve des limites dans l’absence de miroir qu’offre le monde et le collectif. L’émancipation ne peut être un voyage qui s’entreprend seul·e. Dans un souci de « pouvoir d’agir » à visée émancipatrice et non épanouissante, les activités à caractère individualisant sont-elles à pratiquer avec prudence ? La réponse serait probablement oui, suivant la visée politique du pédagogue. Irène Pereira, philosophe et sociologue, évoque ce principe en ces termes : « l’accent mis sur les compétences individuelles, sans référence à des rapports sociaux de pouvoir, favorise un glissement vers le capitalisme par projet. On peut ainsi parler d’une récupération de la critique artiste pédagogique – c’est-à-dire les pédagogies orientées vers le développement personnel – par le nouvel esprit du capitalisme »5. Ce premier écueil, influencé par le culte de l’individu propre à la vision libérale de la condition humaine, peut être un obstacle dans le développement du pouvoir d’agir émancipateur.
– L’innovation sociale, qui devient une fin en soi, s’oppose à la logique de processus au profit d’une logique de technique et de dispositif d’alliance entre l’état néolibéral et le secteur privé. Contrairement aux idées reçues, l’innovation n’est ni « invention » ni « découverte » mais une simple modification et amélioration de la fonction de production (Shumpeter – 1942)6. Ainsi rapportée aux sciences sociales et éducatives, l’innovation ne correspond pas à une démarche de recherche-action répondant à de nouveaux enjeux ou nouveaux besoins de la population mais contribue à améliorer les systèmes existants dans un souci d’efficience, d’efficacité et donc de rationalisation des coûts. Introduire de la nouveauté dans les pratiques et dans les projets, refaire ce qui a été fait sous une autre forme, « à nouveaux besoins, nouvelles innovations ! », sublimation de la novlangue managériale, etc., confondant alors « progrès » et « expérimentation ». Ici l’innovation peut être définie comme un prérequis et une injonction définissant à la fois les critères de contractualisation des financements publics mais également les modalités d’interventions, ouvrant « les vannes » à une mise en concurrence des acteurs et actrices par les appels à projets ou marchés publics. Le « pouvoir d’agir », de par sa nature plurielle et son caractère politique, pourrait être un prétexte à forcer l’innovation, notamment dans l’éducation populaire avec l’arrivée des « starts-up sociales », de l’entreprenariat et de la marchandisation des fonctions éducatives, symptômes modernes du néolibéralisme et du capitalisme d’activité (Decamp – 2021).7
– La « participation symbolique et institutionnelle » au détriment de la « lutte des classes et des rapports sociaux de domination » : la rupture démocratique. Par le biais de certains dispositifs institutionnels, la nature des relations politiques entre les « citoyen·ne·s » et leurs représentant·e·s est parfois technicisée et réduite à une participation et à une consultation sur des sujets préalablement ficelés et conduits par des technicien·ne·s, au détriment d’un rapport direct aux politiques. Ce type de protocole, inspiré de la vision limitée et néolibérale de la démocratie, peut être considéré comme « une injonction » à améliorer sa propre condition et non pour contribuer aux débats et à la construction des politiques publiques. Dans cette position, l’habitant est également considéré comme « incapable » de contribuer à l’intérêt général, il est donc naturellement orienté sur un parcours de formation civique afin d’être à la hauteur des enjeux politiques10 (Carrel – 2013). Cette approche exclut donc de fait les questions de transformation des institutions, de définition des enjeux prioritaires et de conscientisation des processus de fabrication d’inégalité, d’exclusion, de domination conduisant à entreprendre une lutte sociale et de classes.
Dans le cas de cette forme de participation, le « pouvoir d’agir » serait-il un outil de préservation du néolibéralisme ou un outil d’émancipation? Cette dimension semble être une des ambivalences de ce concept et vient questionner en profondeur les pratiques de l’éducation populaire et de l’action sociale autour de cette notion.
Face à cette illusion participative, les questions éducatives peuvent peut-être devenir un rempart, par la repolitisation des espaces et démarches pédagogiques d’une part et par l’effort de conscientisation et de décryptage des contextes politiques d’autre part : se tourner vers les pédagogies radicales, critiques et sociales pour repositionner le collectif et la question sociale au centre du processus d’éducation et d’émancipation.
Mathieu DEPOIL
M. Depoil, Le pouvoir d’agir : illusion participative du néolibéralisme ? in M. Depoil, L. Ott, C. Pruvot, 2023, Pédagogie sociale : les raisons d’agir , Édition la Rage du Social, Dijon
Joy Division – Shadowplay - Doctorant en sciences de l’éducation à l’université de Montpellier, membre du Laboratoire interdisciplinaire de recherche en didactique, éducation et formation (Lirdef), directeur de la Maison-phare (association d’éducation populaire à Dijon) et acteur en pédagogie sociale. Ses travaux de recherche explorent les liens entre éducation populaire, pratiques pédagogiques et émancipation politique. Coauteur de l’ouvrage L’Éducation intégrale. Pour une émancipation individuelle et collective, paru en 2022 à l’Atelier de création libertaire ↩︎
- Stiegler B., Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique, Paris, Gallimard, 2019. ↩︎
- Richez J.C. in Lebon F, et De Lescure E., L’Éducation populaire au tournant du XXIe siècle, Vulaines-sur-Seine, Édition du Croquant, 2016, p. 44 ↩︎
- Bacqué M.H., et Biewener C., l’Empowerment, une pratique émancipatrice?, Paris, Éditions La Découverte, 2013 ↩︎
- Pereira I., « Les pédagogies critiques ou le refus de la confusion néolibérale en pédagogie », dans Frédéric Darbellay, Zoe Moody et Maude Louviot (dir.), l’École autrement. Les pédagogies alternatives en débat, Neuchâtel, Éditions Alphil-Presses universitaires suisses, 2021, p. 114. ↩︎
- Shumpeter J., Capitalisme, socialisme et démocratie, Éditions Payot, 1990 ↩︎
- Decamp A., Éducation populaire – Nouvel eldorado des start-up sociales ?, Éditions Libre & Solidaire, 2021 ↩︎
- Carrel M., Faire participer les habitants ? Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires. Lyon, ENS Éditions coll. « Gouvernement en question(s) », 2013 ↩︎
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Pour citer cet article :
Tribune libre #4 Comment écrire l’éducation populaire en 2024 ? Le pouvoir d’agir : illusion participative du néolibéralisme ? Mathieu Depoil, André Decamp, Regards sur le travail social, 16 janvier 2024. https://andredecamp.fr/2024/01/16/tribune-libre-4-comment-ecrire-leducation-populaire-en-2024/
