Carnets d’étudiant·e·s en travail social # 6

Par André Decamp

Cette tribune est directement issue de la lecture d’un article rédigé par Mathilde Beaulieu Lépine et publié dans Le Devoir, intitulé « Le Québec exigera davantage d’argent des étudiants étrangers dès le 1er janvier 2026 ». Elle s’appuie strictement sur les informations rapportées par ce média et propose une réflexion ancrée dans le champ du travail social, sans extrapolation ni ajout de faits non établis.

À compter du 1er janvier 2026, le gouvernement du Québec exigera des étudiant·e·s internationaux qu’ils et elles démontrent des ressources financières nettement plus élevées pour obtenir leur autorisation d’études. Selon Le Devoir, le montant minimal requis pour couvrir les frais de subsistance passera d’environ 15 500 $ à plus de 24 600 $ CAD, et ce sans inclure les frais de scolarité ni les coûts de transport (Le Devoir, 29 décembre 2025 ; Monthetford, 29 décembre 2025). La démonstration de ressources financières demeure donc une exigence connue, mais son relèvement marque une rupture importante pour de nombreux projets d’études.

Dans les Carnets d’étudiant·e·s en travail social, cette annonce résonne particulièrement. On y parle souvent de vocations, de justice sociale, de solidarité. La mesure soulève alors une question centrale, qui ne relève pas de l’idéologie, mais de l’analyse sociale : qui pourra encore se permettre d’étudier au Québec dans des disciplines à forte valeur sociale, mais à faible rentabilité économique immédiate ?

Les programmes de travail social attirent historiquement des étudiant·e·s engagé·e·s dans le communautaire, parfois issu·e·s de milieux modestes, et porté·e·s par un projet de transformation sociale davantage que par une logique de rendement financier rapide. Les parcours vers ces formations reposent souvent sur des équilibres économiques fragiles, combinant économies personnelles, soutien familial limité et travail étudiant. Dans ce contexte, l’augmentation du seuil financier exigé devient un élément structurant du projet migratoire, parfois avant même l’évaluation des compétences ou du parcours académique.

Il ne s’agit pas d’ignorer les arguments avancés par les pouvoirs publics. Le coût de la vie a effectivement augmenté, et la précarité étudiante est une réalité documentée au Québec comme ailleurs (Monthetford, 29 décembre 2025). Toutefois, cette décision peut entrer en tension avec certaines valeurs sociales en filtrant les projets d’études selon la capacité économique, en réduisant potentiellement la diversité sociale et culturelle des cohortes étudiantes, et en fragilisant des formations du secteur social qui font déjà face à des enjeux de relève et de pénurie de main-d’œuvre.

Comment une politique publique, pensée comme pragmatique et réaliste, peut produire des effets d’exclusion indirects sur l’accès à la formation et à la mobilité internationale ?

Sources :

Le Devoir. (2025, 29 décembre). Le Québec exigera davantage d’argent des étudiants étrangers dès le 1er janvier 2026. https://www.ledevoir.com/actualites/immigration/944391/quebec-exigera-davantage-argent-etudiants-etrangers-1er-janvier-2026

Montheford.com. (2025, 29 décembre). Québec exigera davantage d’argent des étudiants étrangers dès le 1er janvier 2026. https://monthetford.com/2025/12/29/quebec-exigera-davantage-dargent-des-etudiants-etrangers-des-le-1er-janvier-2026/


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