De quoi mon éthos est-il le nom ?

Je suis travailleur social diplômé et donc formaté (au moins en partie…) pour agir, penser d’une certaine manière et me situer dans une certaine place. Pour Sartre, « exister, c’est se situer (1943), et se situer, c’est définir dans quelle mesure je suis aliéné ou pas » (Flipo, 2013).
Selon Lhuilier commentant Ricoeur, « ma place m’est assignée, la hiérarchie des préférences me transforme, de fuyard ou de spectateur désintéressé, en homme de conviction qui découvre en créant et crée en découvrant. » (Lhuilier, 2007). Parallèlement à cela, je vis dans ma propre chair des situations voire des événements liés à ce travail social.
Comme le souligne, d’une certaine manière, Hannah Arendt (Arendt, 2001) tout agir est politique et donc éthique. Cela nous renvoie à la dimension de l’éthos comme expérience essentielle : « Les Grecs, en effet, problématisaient leur liberté, et la liberté de l’individu, comme un problème éthique. Mais l’éthique dans le sens où les Grecs pouvaient l’entendre : l’éthos était la manière d’être et la manière de se conduire. C’était un mode d’être du sujet et une certaine manière de faire, visible pour les autres. L’éthos de quelqu’un se traduit par son costume, par son allure, par sa manière de marcher, par le calme avec lequel il répond à tous les évènements. C’est cela, pour les Grecs, la forme concrète de la liberté ; c’est ainsi qu’ils problématisaient leur liberté. L’homme qui a un bel éthos, qui peut être admiré en cité par exemple, c’est quelqu’un qui pratique la liberté d’une certaine manière » (Foucault, 1994).
La réflexion éthique réinterroge le sens des activités humaines, à la fois celle du chercheur et celle de la personne ou du collectif ciblés. Il s’agit de connaître ses biais, savoir d’où l’on parle et pas nécessairement s’exposer soi et ses opinions (j’évoque ici ma posture absolutiste à l’égard de la digitalisation). D’autant que « l’être humain construit son expérience du monde à travers une activité symbolique, c’est-à-dire que sa relation aux objets, aux personnes et aux évènements n’est pas directe, étant toujours médiatisée par des symboles » (Paillé, P. & Mucchielli, A., 2016. pp. 61-88).
Références :
Arendt, H. (2001). Qu’est-ce que la politique ? Seuil
Foucault, M., Defert, D., & Ewald, F. (1994). Dits et écrits, 1954-1988 : 1976-1979. III. Éditions Gallimard.
Flipo, F. (2013), « Les mouvements de “la transition” ou l’importance de la complémentarité », Mouvements, 75 (3), p. 99-109.
Lhuilier, D. (2007). L’activité mise en souffrance. Dans : , D. Lhuilier, Cliniques du travail (pp. 193-224). Toulouse : Érès.
Paillé, P. & Mucchielli, A. (2021). Chapitre 1. Choisir une approche d’analyse qualitative. Dans :, P. Paillé & A. Mucchielli (Dir), L’analyse qualitative en sciences humaines et sociales (pp. 13-36). Paris : Armand Colin
Ricœur Paul. Soi-même comme un autre, Seuil, Paris 1990
Sartre, J.P. L’être et le néant. Essai d’ontologie phénoménologique. Paris : Gallimard, 1943.
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Pour citer cet article :
Carnets d’étudiant·e·s en travail social #13. De quoi mon éthos est-il le nom ? André Decamp, Regards sur le travail social, 20 juillet 2026. https://andredecamp.fr/2026/07/20/carnets-detudiant·e·s-en-travail-social-13/
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