CEPJ, un métier au cœur des enjeux qui traversent la société
Par Nicolas Favelier
Je ne connaissais pas le métier de CEPJ avant 2017.
J’étais alors secrétaire administratif et je découvrais le monde de « Jeunesse et Sports ».
J’avais fait des études d’espagnol à l’Université de Bourgogne, à Dijon, une objection de conscience dans le même établissement, et, comme l’Éducation nationale n’avait pas voulu de moi au CAPES, je me suis orienté vers un concours administratif.
Bingo ! À la rentrée 1997, je me retrouvais secrétaire administratif du département où j’avais fait mes études.
En 2003, je suis ensuite passé par l’INRP (Institut national de recherche pédagogique) à Lyon, j’ai fait un passage dans des laboratoires de recherche à l’Université Lumière Lyon 2, avant de revenir à l’INRP pour en vivre la dissolution le 31 décembre 2010.
S’en est suivie une période très riche professionnellement : avec la création de l’Institut français de l’éducation (IFÉ), j’ai pu croiser des personnes comme Michel Lussault (géographe, professeur à l’ENS de Lyon, ancien directeur de l’IFÉ et président du Conseil supérieur des programmes), Luc Trouche (professeur émérite en didactique des mathématiques à l’ENS de Lyon, spécialiste de la formation des enseignants et de l’ingénierie pédagogique) ou Mathieu Potte-Bonneville (philosophe, ancien enseignant à l’ENS de Lyon, aujourd’hui directeur du Département culture et création à l’Institut français), qui m’ont permis de prendre conscience que, souvent — et de manière contre-intuitive —, les pas de côté étaient nécessaires pour avancer.
2017 donc : nouveau président de la République, nouveau gouvernement.
Je commence en septembre le travail de secrétaire administratif du collègue professeur de sport chargé du développement des pratiques, au sein du Pôle Jeunesse, Sports et Vie associative.
Je découvre un nouvel environnement professionnel, pas si éloigné, dans son esprit, de ce que j’avais connu dans l’enseignement supérieur : doctorants, enseignants-chercheurs et personnels administratifs avec qui je travaillais.
Dès le début, ce qui m’a plu chez les collègues CEPJ, c’est ce que j’avais apprécié chez certains enseignants-chercheurs : une liberté de ton, une certaine insolence, mais toujours un profond respect de l’intérêt général et la volonté d’être utile au plus grand nombre, notamment aux publics les plus fragiles.
Alors que l’intégration à l’Éduc’ nat’ se préparait, je me souviens d’une réunion où les collègues de Jeunesse et Sports devaient présenter leurs missions à ceux de la Cohésion sociale.
La présentation devait se faire par la médiation d’un objet représentatif des missions.
Comme nous n’avions pas de nez rouge à disposition — rapport au fait que beaucoup de collègues, agents de l’État, nous prenaient pour des saltimbanques —, je proposai à la collègue CEPJ chargée de la présentation de prendre comme symbole un sac à dos.
Car pour moi, encore aujourd’hui, c’est l’objet qui caractérise le mieux le métier de CEPJ.
Je pourrais aussi parler de boîte à outils ou de couteau suisse : je nous vois un peu comme des bricoleurs de l’éducation populaire.
Tenus par notre posture d’agents de l’État et par le fameux cadre réglementaire, nous sommes aussi appelés, au quotidien, à réparer les fuites, colmater les fissures et assurer la bonne liaison des matériaux que nous travaillons.
Même si je suis jeune dans le métier j’ai eu le concours en 2022, je suis dans la fonction publique depuis longtemps ; j’y ai fait toute ma carrière, sans honte ni déshonneur.
J’ai donc vu la dégradation du service public, l’accélération de l’affaiblissement des services publics ces dix dernières années, combinée à la montée dans la société, notamment médiatique, des idées d’exclusion et de remise en cause des droits humains les plus fondamentaux.
Tout cela impacte de plein fouet notre quotidien professionnel.
Pas facile de prôner des valeurs d’émancipation, d’égalité des droits et de défense des droits humains dans une société où les idées les plus réactionnaires gagnent du terrain.
Ce qui fait aussi l’intérêt du métier, dans mes missions auprès des associations, c’est la possibilité de faire remonter à la hiérarchie leurs interrogations et leurs besoins.
Le travail de terrain, les rendez-vous avec les partenaires, qu’ils soient associatifs ou institutionnels, les réunions d’information et les visites d’associations sont pour moi autant de moments privilégiés, de contacts directs et sans filtre — parfois rugueux —, qui me permettent d’affiner toujours davantage la connaissance du territoire sur lequel je travaille.
La culture « Jeunesse et Sports », pour moi, c’est une culture de solidarité et la revendication de l’émancipation comme élément de cohésion de la société.
L’entraide entre collègues est fluide ; j’apprécie qu’il soit possible de solliciter des collègues d’autres régions pour les consulter sur des questions professionnelles délicates ou complexes.
De plus, le contact avec le monde de la recherche, notamment avec les chercheurs — académiques ou indépendants — qui travaillent sur les questions relatives à l’ESS, permet de donner du sens et de remettre en contexte le quotidien de mes pratiques professionnelles d’agent de l’État.
Ce que je trouve épanouissant dans ce métier, c’est la possibilité de participer à des groupes d’échanges de pratiques professionnelles, comme ceux initiés par le « Lab’ métier » du ministère, avec pour thème l’ingénierie territoriale.
Cette communauté apprenante me permet d’avoir un espace de réflexion avec les collègues sur le déploiement de nos missions sur un territoire donné, avec toutes ses composantes.
Bien sûr, je ne suis pas dupe de la situation politique et institutionnelle, mais tant que je peux encore exercer mon travail dans le respect des valeurs de Liberté de conscience, d’Égalité des droits et de Fraternité comme horizon, je resterai.
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Pour citer cet article :
Tribune libre #3 Comment écrire le métier de Conseiller.ère d’Éducation Populaire et de Jeunesse en 2025 ? CEPJ, un métier au cœur des enjeux qui traversent la société, Nicolas Favelier. André Decamp, Regards sur le travail social, 27 octobre 2025. https://andredecamp.fr/2025/10/27/tribune-libre-3-comment-ecrire-le-metier-de-conseiller-ere-deducation-populaire-et-de-jeunesse-en-2024/
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Bonjour André,
Un grand merci pour votre patience. Bonne journée, et bon courage dans vos travaux.
Amitiés,
Nicolas
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