Les centres d’éducation populaire en Haïti : entre le maintien de l’identité et le défi de préserver des lieux d’expérimentation
Par Wisvel Mondélice1
« C’est en vivant – peu importent les faux pas et les incohérences, l’important étant d’être disposé à les surmonter – que je contribue à créer l’école joyeuse, à forger l’école heureuse, l’école qui est aventure, qui avance, qui n’a pas peur du risque et qui pour cette raison même se refuse à l’immobilisme, l’école au sein de laquelle on réfléchit, dans laquelle on agit, dans laquelle on crée, dans laquelle on parle, dans laquelle on aime, l’école, vous le devinez, qui dit « oui » à la vie avec passion. Et non pas l’école qui lasse et qui me lasse. »
Paulo Freire
Introduction
Certaines valeurs et pratiques véhiculées au sein des classes populaires en Haïti ont précédé la notion d’éducation populaire ayant pris son élan à la fin du XIXème siècle. Diverses courroies ont favorisé cette transmission : le vaudou, les musiques traditionnelles, les contes oraux, les devinettes, etc. La mise en place des centres d’éducation populaire à partir des années 1970 dans le pays a institutionnalisé les pratiques visant à une prise de conscience collective des classes populaires de certains enjeux, mais également au changement de leurs conditions de vie. Les Communautés ecclésiales de base (CEB)[1] appelées Ti Kominote Legliz (TKL) en créole haïtien, ayant été développées surtout à partir de 1979 (Corten, 2000 : 65), se révèlent un moment important dans le processus de la création de ces centres, lesquels se sont multipliés à partir de ce moment.
En agréant la demande qui nous a été faite de contribuer à cette Tribune libre, nous ne faisons que mettre en relief des pistes de réflexion sur l’éducation populaire en Haïti, en prenant certainement en compte le contexte d’évolution des institutions qui s’en revendiquent.
Vu « la contrainte éditoriale » de cette demande, nous faisons l’économie de trois aspects : l’historique de l’éducation populaire hors d’Haïti, la théorie de l’éducation populaire et les conceptions[2] des acteurs de ce mouvement en Haïti. Nous nous focalisons de préférence sur d’autres éléments concernant cette dynamique dans le pays, en considérant le cas de deux centres : Sosyete animasyon ak kominikasyon sosyal (SAKS)[3] et l’Institut culturel Karl Lévêque (ICKL). Il s’agira, au-delà de leur présentation, de mettre l’emphase sur leurs réalisations en lien avec notre objectif et les difficultés rencontrées. D’abord, faisons un coup d’œil sur l’origine et l’évolution de ce mouvement dans le pays.
Origine et évolution de l’éducation populaire en Haïti
Le début de l’éducation populaire dans le pays date des années 1970, surtout avec la naissance des centres de pastorale sociale[4] dans l’Église catholique (Joint, 1996 : 31-32). En voici la liste présentée par l’auteur : Développement communautaire des chrétiens haïtiens (DCCH) en 1971, Institut de développement et d’éducation des adultes (IDEA) en 1973, Centre « EMMAUS » en 1972, Institut technique d’animation (ITECA) en 1976, Projet régional pour le développement (PRED), Centre de « MADIAN » en 1976, Centre de « SALAGNAC » en 1973. Parallèlement à ces institutions, des instances informelles d’éducation populaire se sont formées ou développées selon le même modèle et la même approche (Ibid.).
D’autres institutions qui se revendiquent de l’éducation populaire ont vu le jour au fil des années, parmi lesquelles : Institut culturel Karl Lévêque (ICKL) en 1989, Centre œcuménique de développement et d’éducation populaire (CEDEP) en 1990, Sosyete animasyon ak kominikasyon sosyal (SAKS) en 1992, Platfòm ayisyen k ap plede pou yon devlopman altènatif (PAPDA)[5] en 1995.
Dans le contexte répressif de la dictature des Duvalier[6], les centres d’éducation populaire « ont favorisé discrètement un processus de conscientisation et d’organisation » (Ibid.). Outre la conscientisation servant de base à l’ensemble de leurs actions, ceux créés à la chute du régime interviennent sur des axes définis en fonction des enjeux et thématiques prioritaires du nouveau contexte, des compétences académiques et politiques de leurs fondateurs/fondatrices ou des vœux exprimés par des organisations partenaires de terrain. Démocratie, participation citoyenne, changement climatique, agroécologie, souveraineté alimentaire, droits humains, redditions de compte et luttes contre la corruption et l’impunité, économie sociale et solidaire (ESS), réseautage organisationnel et mobilisations populaires, droit à la communication, sont quelques enjeux et thématiques de travail des centres d’éducation populaire aujourd’hui. Les deux prochaines parties de ce travail sont consacrées à deux centres distincts : Sosyete animasyon ak kominikasyon sosyal (SAKS)[7] et l’Institut culturel Karl Lévêque (ICKL).
Le cas de Sosyete animasyon ak kominikasyon sosyal (SAKS)
Créée le 28 octobre 1992, journée de la commémoration internationale de la langue et de la culture créoles, cette fondation se donne pour mission « d’accompagner la lutte du peuple haïtien pour le changement social ». Sa contribution dans le champ de l’éducation populaire se fait par la communication, dont elle fait la promotion comme un droit fondamental, en aidant les secteurs populaires et progressistes à s’approprier les outils.
SAKS poursuit les objectifs suivants : – promouvoir la communication comme outil d’éducation et de conscientisation ; – promouvoir la communication comme un droit fondamental ; – permettre aux organisations populaires, aux ONG, aux institutions sociales d’acquérir une formation théorique et technique en matière de communication sociale ; – permettre aux organisations de base de s’approprier les outils de communication, au profit de l’éducation des masses et de la lutte.
Les radios communautaires constituent le principal lieu d’intervention de SAKS et la formation, son activité-phare. Chez SAKS, la radio communautaire s’étend à une catégorie « incluant les radios populaires[8], mais celles qui sont au service de la communauté, en général » (Estéus, 2013 : 42). Ces radios se positionnent dans le camp populaire, en servant les intérêts des gens les plus défavorisés… (Ibid. : 43).
Depuis son existence, SAKS participe à la mise en place des radios communautaires dans les 10 départements du pays, comme moyen de construire une alternative de communication en harmonie avec le droit à l’information. L’histoire de cette institution est essentiellement liée à l’émergence et au développement de ces radios en Haïti (Ibid. : 38). Elle réalise des sessions de formation, à la fois technique et idéologique, pour des membres d’organisation voulant créer une radio communautaire ou sur demande d’une radio déjà créée.
Selon le manuel de formation de SAKS (2006 : 50), la radio communautaire [populaire] est définie à partir d’une série de critères[9], tels que : – un outil de communication populaire entre les mains des masses populaires – une radio favorisant la participation de la population – un instrument de lutte pour la libération des masses populaires et le changement de la société – une radio pour le renforcement de la culture populaire – une radio qui porte les revendications des masses populaires – une radio pour la prévention. Elle est gérée par une ou plusieurs organisations populaires, son fonctionnement est assuré par les membres de la population et elle est au service de celle-ci. L’éducation populaire dans les radios communautaires est donc un pas dans la longue marche des masses populaires pour parvenir à une autre société[10] (Reyneld, 1998 : 9).
La première expérience de radio communautaire haïtienne date de 1990. Il s’agit de Radyo Bwakayiman (Radio Bois-Caïman), située à Mare-Rouge, au Môle Saint Nicolas (Département du Nord-Ouest). Au début, cette radio n’avait pas pour mission d’être une radio d’expression communautaire à proprement dit. En ce sens, il y a lieu de considérer que les radios communautaires haïtiennes populaires naissent sous la période du coup d’État contre le président Jean-Bertrand Aristide[11], en 1992, lorsque SAKS se lançait avec deux radios. Leur création s’inscrit dans une démarche mondiale où des gens et des organisations, en proie à toutes sortes de difficultés, se servent des médias pour défendre les droits des classes populaires. En 1994, SAKS réalisait des formations pour 4 autres radios. En 2012, un réseau de plus de 40 radios communautaires et populaires, situées dans les 10 départements géographiques du pays, en particulier dans les sections communales, bénéficiait de son accompagnement. Ceci implique des séances de formation, des supports techniques et d’émissions[12] radiophoniques régulières. En 2024, le réseau de diffusion de SAKS renferme 53 radios communautaires.
Le cas de l’Institut culturel Karl Lévêque (ICKL)
Un extrait de la présentation de l’ICKL, disponible sur son site[13], mentionne les données suivantes exposées dans les deux prochains paragraphes. Ensuite, d’autres sont collectées à partir d’un questionnaire que nous avons soumis à Képler Aurélien, le coordonnateur du programme Recherche, innovation et systématisation de l’institut.
Créé en juillet 1989, l’Institut culturel Karl Lévêque se définit comme un centre d’intervention sociale et de recherche-action en éducation populaire qui entend apporter sa contribution aux luttes de libération des couches populaires de la société haïtienne. Il veut en effet : – encourager la réflexion critique continue sur les pratiques des mouvements sociaux et populaires – accompagner les communautés locales et les organisations des mouvements sociaux et populaires dans l’élaboration des solutions aux problèmes conjoncturels et structurels.
L’ICKL conçoit toutes ses activités dans une perspective d’éducation populaire. Son approche d’éducation populaire s’inscrit dans une vision large axée tant sur un travail de conscientisation autour des mécanismes d’exploitation et de domination que sur un accompagnement dans la création et la gestion d’alternatives socioéconomiques, dans une perspective d’économie sociale et solidaire. Ce dernier aspect offre aux communautés et aux groupes de base à la fois des moyens de subsistance et des micro-espaces d’expérimentation d’un projet de société fondé sur la gestion participative et la propriété collective des moyens de production et d’échange. Au début, les activités de l’institut auprès de ses partenaires de terrain[14] portaient sur la formation et le plaidoyer. Depuis une vingtaine d’années, l’économie sociale et solidaire fait partie de ses thématiques prioritaires.
Il y a plus de 20 ans, l’ICKL co-organise annuellement une université populaire de concert avec certains partenaires haïtiens que sont ITECA (Institut de technologie et d’animation), PAPDA (Platfòm ayisyen k ap plede pou yon devlopman altènatif[15]), PAJ (Programme pour une alternative de justice), SOFA (Solidarite fanm Ayisyèn[16]) et SAKS (Sosyete animasyon ak kominikasyon sosyal[17]). Il s’agit d’un espace de formation, de co-construction de savoirs et de pistes d’actions collectives entre des membres d’associations populaires urbaines, paysannes, syndicales, étudiantes, féministes, des enseignants/es-chercheurs/es, des intervenants/es sociaux/sociales. Sur les dix dernières années, l’université populaire s’est déroulée sur l’économie sociale et solidaire et la participation politique des mouvements sociaux et populaires. Cet espace de travail collectif a permis de construire une mémoire des expériences de ces mouvements.
Par ailleurs, l’institut accompagne des associations paysannes partenaires dans un travail de réseautage, la formation ainsi que la création et le développement d’entreprises sociales. Il offre un accompagnement pédagogique et financier à des écoles communautaires. Il appuie les directions de ces écoles dans un travail d’ancrage communautaire.
L’institut s’engage aussi dans la systématisation des expériences réalisées par ses partenaires de terrain et de ses propres expériences.
L’ICKL entame, depuis octobre 2024, un processus d’appui à l’organisation et à la protection des travailleuses domestiques qui sont très exposées à des abus favorisés par le caractère informel de leur emploi et leur isolement.
Les interventions de l’ICKL ont contribué à la vulgarisation de la philosophie et des pratiques de l’économie sociale et solidaire en Haïti. Elles ont contribué également au développement du pouvoir d’agir de certaines associations, tant en termes de capacité d’analyse et de mobilisation que sur le plan financier. Sur les cinq dernières années, les productions de l’institut et les espaces de débats qu’il a organisés ont réussi à mettre en relief les limites en matière d’efficacité d’un long travail d’éducation populaire réalisé dans le pays surtout à partir de 1986 et à poser la nécessité d’en renouveler l’approche.
Des défis de l’éducation populaire en Haïti à travers les expériences de SAKS et de l’ICKL
Les centres d’éducation populaire haïtiens éprouvent d’énormes difficultés à pérenniser des espaces d’expérimentation. Ils évoluent entre l’effort de maintenir leur identité[18] et les multiples contraintes auxquelles ils sont exposés. Dans cette section, nous essayons de mettre en exergue quelques défis rencontrés par SAKS et l’ICKL lors de leurs interventions.
SAKS et les radios communautaires face à des inquiétudes prononcées
Dans l’avant-propos de L’expérience des radios communautaires en Haïti, un ouvrage publié à l’occasion des 20 ans de SAKS, Estéus (p. 8) note que « l’institution a vécu des moments difficiles, ponctués par des pressions politiques venues de différents régimes autoritaires, par le manque de ressources financières et parfois par l’incompréhension ». Du haut de ses 32 ans de création, SAKS se débat encore au cœur des difficultés, les radios communautaires également. Jacquelin Soliman, responsable de SAKS, sans préciser la nature de ces difficultés, fait remarquer que l’institution envisage de mettre en place une activité d’économie sociale et solidaire entre les organisations créant les radios et l’administration de celles-ci. Estimant que la liberté d’action de SAKS est fondée sur son autonomie politique et financière, il appelle à une mobilisation et une utilisation efficace de « nos ressources » pour contrecarrer « nos adversaires ». Ainsi, nous nous rendons compte que les défis politiques et financiers soulignés par Estéus 12 ans plus tôt sont avérés et demeurent.
En ce qui concerne les radios communautaires elles-mêmes, les difficultés confrontées par les organisations qui les ont créées et qui les administrent affectent gravement leur fonctionnement. Aussi, ces difficultés nuisent au renouvellement de l’équipe assurant leur gestion ; ce qui, par conséquent, va à l’encontre du critère de participation au sein des radios communautaires. De plus, sur 53 radios communautaires membres du réseau de diffusion de SAKS, seulement 22 fonctionnent normalement.
Soliman résume de la manière suivante ses constats sur les radios communautaires en Haïti : dégradation de l’idéologie, non-renouvellement de l’administration, graves problèmes économiques et manque d’inventivité en termes de création des moyens de subsistance, faible pourcentage d’émissions éducatives (65% étant le niveau souhaité), lien faible avec les communautés concernées, manque d’entretien et de réparation des équipements.
En outre, les radios communautaires haïtiennes ne jouissent pas encore de reconnaissance légale. En effet, l’article 49 du Décret accordant à l’État le monopole des services de télécommunications[19] reconnait 3 catégories de radiodiffusion nationale : 1) la radiodiffusion d’État ; 2) les radiodiffusions privées (celles à caractère publicitaire et commercial, et celles à caractère culturel et religieux) ; 3) la radiodiffusion visuelle (la Télévision). Ce décret ne mentionne pas les radios communautaires. Par conséquent, elles ne sont pas protégées. Dans ce cas, elles peuvent subir à tout moment des menaces visant à les empêcher de diffuser les émissions d’analyses et autres émissions parlées. Elles pourraient être aussi considérées comme des « radios à l’essai », ne pouvant diffuser que de la musique. Cela peut conduire également à leur instrumentalisation, voire leur extinction.
En ce sens, SAKS et avec d’autres partenaires nationaux et internationaux, ont initié, en 2007, un processus d’élaboration d’un avant-projet de loi sur la radiodiffusion communautaire, visant la démocratisation de la communication dans des conditions d’égalité et sans discrimination. Ces conditions exigées vont de leur reconnaissance légale à l’octroi des fréquences radioélectriques, en passant par l’établissement de garanties en vue de leur durabilité et pérennisation.
ICKL : le renouvellement des approches et pratiques pour relever les défis
Les actions de l’ICKL sont confrontées à des défis liés à l’écosystème de l’intervention sociale en Haïti. Cet écosystème est dominé par une logique de gestion de projets souvent limités au court terme et en quête d’extrants quantifiables et palpables. Dans un tel environnement, un travail de conscientisation de longue haleine trouve très peu d’écho. Par conséquent, l’ICKL peine à trouver des partenaires financiers pour ses actions. Par ailleurs, les acquis de ses interventions sont souvent bousculés par la logique du présentéisme véhiculée par des ONG quasi omniprésentes.
Face à ces défis, l’ICKL a dû renouveler son approche de l’éducation populaire : au travail de conscientisation, il faut des initiatives économiques capables d’adresser les besoins immédiats et d’offrir un espace d’expérimentation d’un projet de société alternatif. L’économie sociale et solidaire (ESS) constitue un terrain propice à une telle approche.
Eu égard à l’ESS, l’ICKL a accompagné le processus de création et de gestion de quatre boulangeries. Trois d’entre elles n’ont pas fait long feu et l’autre baisse en termes de productivité (conséquence du blocage des routes nationales, d’abord par des contestations sociales à la fin 2018 et tout au cours de 2019, puis par la violence des bandes armées à partir de 2020). « La mobilisation territoriale pour la souveraineté alimentaire », initiée en août 2024 à Marigot (département du sud-est d’Haïti), et s’inscrivant également dans la démarche d’économie sociale et solidaire, a été conçue pour éviter les ruptures de stock provoquées dans les boulangeries par le blocage des routes nationales, entre autres. Il convient d’attendre afin de mesurer son efficacité.
Par ailleurs, l’accompagnement que l’ICKL offre à des associations paysannes partenaires, dans le cadre d’un travail de réseautage, présente un autre défi à relever[20]. En effet, la plupart des réseaux sont très peu dynamiques en dehors des interventions de l’institut. Le pari d’autonomisation de ces réseaux est loin d’être gagné. Une systématisation d’expériences réalisée entre 2018 et 2020 a apporté des enseignements révélateurs sur cette dépendance des réseaux d’associations partenaires vis-à-vis de cette institution. L’un des enseignements majeurs est le caractère exogène de la démarche de construction des réseaux. Cette construction a été encouragée par l’ICKL sur la base d’un principe universaliste, « le rassemblement des acteurs et actrices d’intérêts communs contribue à les renforcer», mais non autour d’un enjeu mobilisateur qui serait identifié dans la communauté par les membres du réseau. Tandis qu’une meilleure appropriation de la démarche de réseautage a été constatée dans les rares communautés où ce genre d’enjeux existe.
Le renouvellement des approches et pratiques étant un travail permanent, pour tenter de gagner ce pari, l’institut se propose de s’engager davantage dans la conception et l’expérimentation de dispositifs d’intervention innovants, dans la systématisation des expériences passées et en cours, bref la recherche-action. Telle est l’avenue empruntée par l’ICKL en vue de s’engager dans un renouvellement permanent de son approche de l’éducation populaire.
Conclusion
Dans cet article, nous avons exposé certains renseignements sur l’éducation populaire en Haïti (son origine et son évolution). Aussi, nous y avons fait quelques considérations sur les expériences de deux centres d’éducation populaire (SAKS et ICKL). Ces centres jouent un rôle important dans le vécu des groupes d’acteurs et des communautés touchées par leurs interventions.
Il découle que malgré les efforts effectués afin d’évoluer dans un environnement parsemé de difficultés, avec le souci constant d’améliorer leurs pratiques, les centres d’éducation populaire peinent à pérenniser des lieux d’expérimentation. À ce niveau, les différents cycles de crise politique auxquels le pays est confronté, les contraintes financières, l’écosystème de l’intervention sociale dans le pays, la culture de dépendance, l’absence de protection de la part des structures étatiques, les aléas environnementaux… ne sont pas négligeables. Ceux-ci présentent des défis majeurs quant à la viabilité des initiatives mises en place et à leur efficacité. Par conséquent, tout en préservant ce qui constitue leur identité, les centres en question doivent continuer à œuvrer dans la perspective du changement des conditions de vie des exploités et opprimés, ce qui demeure plus que jamais nécessaire en Haïti. Vu les perspectives qu’ils définissent, nous nous rendons compte qu’ils en ont conscience.
Bibliographie et webographie
Conseil Pontifical “Justice et Paix » (2004). Compendium de la doctrine sociale de l’Église. Disponible sur : http://brunoleroyeducateur-ecrivain.hautetfort.com/media/01/01/1082163843.pdf (consulté le 7 novembre 2024).
CORTEN A. (2000). Diabolisation et mal politique: Haïti: misère, religion et politique. Montréal/Paris : Les Éditions du CIDIHCA/KARTHALA.
ESTÉUS S. (dir.) [2013]. L’expérience des radios communautaires en Haïti. Port-au-Prince.
DUVALIER J.-C. (1997). Décret accordant à l’État le monopole des services de télécommunications. Disponible sur : http://www.conatel.gouv.ht/sites/default/files/loitelecom.pdf (consulté le 9 novembre 2024).
Institut culturel Karl Lévêque (ICKL) (2020). Sistematizasyon eksperyans : Demach Ranfòsman Kominotè 2013-2017.
JOINT L. A. (1996). Éducation populaire en Haïti. Rapport des « Ti Kominote Legliz et des organisations populaires. Paris : L’Harmattan.
Sosyete Animasyon ak Kominikasyon Sosyal (SAKS) (2006). Manyèl fòmasyon.
REYNELD S. (1998). Edikasyon popilè nan radyo kominotè. Edisyon SAKS.
[1] Les Communautés ecclésiales de base (CEB) sont des cellules mises en place au sein de l’Église catholique à la fin des années 1950 et au début des années 1960 dans le nord-est du Brésil et dans le bidonville de Miguelito de Panama (Smith Christian cité par Corten, 2000 : 65).
[2] En ce sens, il y a lieu d’actualiser les travaux de Louis Auguste Joint (1996 : 37-44) et même d’aller plus loin. Dans son livre, « Éducation populaire en Haïti : Rapport des « Ti Kominote Legliz » et des organisations populaires », l’auteur présente les conceptions d’un ensemble d’animateurs impliqués dans la dynamique de l’éducation populaire dans le pays.
[3] En français, Société d’animation et de communication sociale.
[4] « La pastorale sociale est l’expression vivante et concrète d’une Église pleinement consciente de sa mission d’évangéliser les réalités sociales, économiques, culturelles et politiques du monde ». Cette définition est tirée du Compendium de la doctrine sociale de l’Église (2004 : 145), un document rédigé à la demande du pape Jean-Paul II, par le Conseil Pontifical “Justice et Paix”. À notre avis, ce document vise à présenter une autre image de l’église catholique qui ne serait pas indifférente aux problématiques contemporaines.
[5] En français, Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif.
[6] La dictature des Duvalier a été mise en place par François Duvalier arrivé au pouvoir en 1957, et poursuivi par son fils Jean-Claude Duvalier entre 1971 et 1986.
[7] En français, Société d’animation et de communication sociale.
[8] Pour SAKS, une radio populaire porte les revendications de la classe populaire, défend ses intérêts ; elle n’est pas ouverte aux partisans de la répression, aux classes dominantes, aux bandits, aux gens et organisations qui travaillent contre l’intérêt de la populaire.
[9] La traduction française de ces critères est de nous.
[10] La traduction française est de nous.
[11] Jean-Bertrand Aristide a été président de la République d’Haïti à deux reprises : 1991-1996 et 2001-2004. Son premier mandat a été perturbé par un coup d’État entre le 29 septembre 1991 et le 15 octobre 1994.
[12] SAKS produit une émission hebdomadaire baptisée « 4 Je Kontre » (en français : Entre 4 yeux). Au cours du mois d’octobre 2024, l’institution a accompagné les radios communautaires au lancement de l’émission « Magazin Kominotè Nou Pran Lapawòl » (en français : Magazine communautaire Nous avons la parole).
[13] Voir la présentation de l’ICKL sur son site https://www.icklhaiti.org/qui-sommes-nous-2/.
[14] La liste des organisations partenaires de l’ICKL est disponible sur : https://www.icklhaiti.org/nos-partenaires/.
[15] La traduction française est déjà réalisée dans ce document.
[16] En français : Solidarité des femmes haïtiennes.
[17] La traduction française est déjà réalisée dans ce document.
[18] Renvoyant à divers sens, la notion d’identité est utilisée dans ce travail comme ce à partir de quoi l’on est différent d’autrui ou qui nous rend semblables à d’autres. Cela étant, les centres d’éducation populaire en Haïti s’attachent à favoriser un processus de conscientisation et d’organisation des masses populaires.
[19] Le décret est disponible sur : http://www.conatel.gouv.ht/sites/default/files/loitelecom.pdf.
[20] Ce défi est identifié dans un document de systématisation d’expériences publié en 2020. Ce document est disponible sur : https://www.icklhaiti.org/2022/10/03/systematisation-dexperiences-renforcement-communautaire-axe-sur-laccompagnement-des-reseaux-dorganisations/.
- Wisvel Mondélice, communicateur social, réalise des expériences professionnelles depuis plus de trois ans à l’Institut culturel Karl Lévêque (ICKL), en tant que chargé de communication et animateur. Son compte Linkedin : https://linkedin.com/in/wisvel-mondelice-111991wm. Son compte instagram : https://www.instagram.com/wisvelmondelice/. ↩︎
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Pour citer cet article :
Tribune libre #13 Comment écrire l’éducation populaire en 2024 ? Les centres d’éducation populaire en Haïti : entre le maintien de l’identité et le défi de préserver des lieux d’expérimentation, Wisvel Mondélice. André Decamp, Regards sur le travail social, 9 décembre 2024. https://andredecamp.fr/2024/12/09/tribune-libre-13-comment-ecrire-leducation-populaire-en-2024/
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