Épisode 1. le contexte et l’enjeu de l’examen de synthèse

Au moment où j’écris cette tribune, j’ai transmis le 31 août 2024 deux revues de littérature au jury du comité d’examen de synthèse, en réponse aux questions soumises par ses membres. Je recevrai début octobre 2024 leur retour quant à ma production de connaissances (suspense total !).
Avant d’aller plus avant, je dois vous préciser ce que signifie l’examen de synthèse dans le parcours doctoral en Amérique du Nord. Il intervient à la fin de la première année, à condition d’avoir validé les cours obligatoires, et par conséquent acquis les crédits nécessaires pour se présenter à cet examen.
L’examen de synthèse permet au comité de synthèse (le plus souvent le même jury qui évaluera la thèse au moment de sa soutenance) d’identifier, à ce stade du parcours, si le ou la candidat(e) maîtrise les bases scientifiques du domaine, ainsi que la spécialisation de son département. En ce qui me concerne, il s’agit du département « Faculté des arts et des sciences – École de travail social ». Dans les universités d’Amérique du Nord, chaque examen de synthèse est propre au département de l’établissement.
Ainsi, l’examen de synthèse peut consister en des travaux sur lesquels le candidat au doctorat doit répondre à l’écrit et/ou à l’oral, ou en une « revue de littérature » à rédiger dans un temps limité sur un sujet précis (pour mon département, il est en lien avec le sujet que je souhaite développer dans mon projet de thèse).
En général, on a droit à deux essais pour réussir cet examen. Si on échoue à la deuxième tentative, le doctorat s’arrête et on recommence tout le cycle. Cela veut dire que le/la candidat(e) doit suivre les cours obligatoires et se représenter à l’examen de synthèse. En résumé, si vous redoublez votre cycle scolaire, il faut repartir sur deux années ! Eh oui… la première année pour valider les cours obligatoires et la seconde pour se présenter à l’examen de synthèse.
L’examen de synthèse est difficile. Il est notoire que le taux de succès n’est que de 10 à 20 %. Comme vous pouvez vous en douter au vu de ce chiffre, cet examen met les étudiants dans un état second (selon la définition en médecine, l’état second est un état dans lequel la conscience est altérée, où l’on n’est pas en pleine possession de ses moyens). Mais tout cela est volontaire ! L’université met les étudiants à rude épreuve sur ce moment de rush pour sélectionner ceux et celles qui se destinent à préparer et à obtenir la plus haute distinction du monde académique.
Il s’agit donc d’un moment suspendu, dirons-nous dans le parcours doctoral (eh oui, là on ne rigole plus… en gros, tu restes ou tu sors !). Premièrement, ce temps est suspendu car il joue un rôle dans la détermination de la capacité du candidat au doctorat à poursuivre la suite de son programme doctoral. Passer cet examen de synthèse est une condition préalable pour passer à l’étape suivante du programme d’études supérieures et pour commencer sa recherche de thèse. Ainsi, de candidat au doctorat nous devenons doctorant.e. Un cycle du programme s’estompe pour laisser place à un autre, et ainsi de suite pendant 3, 4, 5 ou 7 années.
Je ne vous dis pas l’âge que j’aurai à la fin de ce parcours ! Franchement, de vous à moi, existe-t-il vraiment une fin quand on se lance dans ce genre d’aventure ?

Deuxièmement, il met en jeu la compréhension du candidat quant à son domaine de prédilection, ainsi que sa capacité à mener des recherches de haut niveau, de comprendre la commande du jury d’examen de synthèse, tant pour l’épreuve écrite que pour l’épreuve orale.
Voici ce que l’on peut lire sur le document fourni par l’Université de Montréal ayant pour titre « DIRECTIVES RELATIVES À L’EXAMEN DE SYNTHÈSE »
Le Comité d’examen de synthèse et de thèse
Le comité d’examen de synthèse et de thèse d’un étudiant est composé de trois personnes, dont le directeur de thèse, (ou quatre dans le cas d’une codirection). L’étudiant devrait avoir discuté avec son directeur de la composition de son comité d’examen de synthèse avant la fin de son quatrième cours (la date limite pour établir le comité est le 15 avril). À ce moment, le comité du programme, sur recommandation du responsable du programme, nomme les membres du comité de l’étudiant. Le directeur de thèse de l’étudiant est celui qui doit prendre contact avec les deux autres membres. Si des problèmes sérieux surgissent dans la constitution du comité, il y a lieu d’en saisir le responsable du programme. Outre le directeur (et éventuellement le co-directeur) de recherche de l’étudiant, le comité peut être composé de membres de l’École ou d’une autre École, voir même d’une autre discipline que ce soit à l’UdeM ou dans une autre université. Cependant, les membres doivent avoir complété un doctorat dans leur discipline, avoir une affiliation universitaire et démontrer une certaine expérience dans l’encadrement d’étudiants de 2e-3e cycle.
La première tâche officielle du comité consiste à administrer l’examen de synthèse.
Bim ! C’est du sérieux. Soit on fuit, soit on prend le temps d’accueillir cette épreuve comme une invitation au dépassement de soi-même. Pour ma part, j’ai choisi la deuxième option. C’est moi qui ai décidé de m’engager (à mon âge !!!) dans ce parcours doctoral, personne ne m’a forcé à m’inscrire à l’université. Donc j’assume pleinement ce qui m’arrive (un choc cognitif ! des sueurs ! de l’angoisse…).

À ce jour, je n’ai donc pas le résultat de mon travail. Je vais tout de même vous partager (sous la forme de plusieurs tribunes) la manière dont je m’y suis pris pour aborder ce travail exigeant de lecture, de réflexion et d’écriture.
Revenons aux attentes et aux enjeux de l’examen de synthèse.
En général, les étudiants sont amenés à répondre aux questions posées par un comité de professeurs experts dans leur domaine de recherche. Dans le texte « DIRECTIVES RELATIVES À L’EXAMEN DE SYNTHÈSE », on peut lire ceci :
« La partie écrite de l’examen de synthèse se compose des réponses formulées aux questions convenues conjointement entre l’étudiant et son comité. Lorsque l’étudiant reçoit les questions pour son examen de synthèse, il dispose d’une période maximum de quatre mois pour produire la partie écrite de son examen (la date limite pour soumettre l’écrit est le 1er septembre).
L’examen comporte de 1 à 3 questions2, lesquelles couvrent habituellement les domaines suivants : cadre théorique et conceptuel, connaissance de la matière, enjeux théoriques ou méthodologiques. Cependant, les membres du comité, conjointement avec l’étudiant, décident de l’orientation spécifique et du contenu des questions.
La longueur totale de la partie écrite de l’examen se situe autour de 15,000 mots, excluant la bibliographie. En cas d’ajournement, des développements supplémentaires peuvent être demandés.
Une fois que la période de rédaction de quatre mois est commencée, au cours de son premier mois (soit avant le 31 mai), l’étudiant dresse une liste de références pertinentes en regard des questions posées par son comité d’examen de synthèse. Cette liste est alors soumise aux membres du comité qui doivent, au cours du même mois (toujours avant le 31 mai) et chacun selon son propre champ d’expertise, s’assurer que les textes les plus pertinents s’y trouvent et, s’il y a lieu, transmettre les compléments bibliographiques manquants. L’étudiant pourra (devra) par la suite bonifier cette liste de départ avec d’autres références et transmettre cette liste au responsable du programme.
Toujours à l’intérieur de cette période de rédaction, au bout de deux mois (soit avant le 30 juin), l’étudiant est autorisé à échanger avec son directeur de recherche sur l’état d’avancement de l’examen, l’orientation qu’il donne aux réponses et les difficultés rencontrées. Toutefois, il n’y a pas de lecture ou d’évaluation préliminaire, partielle ou totale, de la partie écrite de l’examen avant que l’étudiant ne dépose formellement son texte au comité à la fin des quatre mois (date limite le 1er septembre).
À l’intérieur de la période d’un mois qui suit la réception du document (soit avant le 1er octobre), le comité d’examen de synthèse décide si le texte écrit nécessite des corrections majeures ou si l’étudiant est prêt pour l’épreuve orale. Si le comité juge, à la majorité des voix, que la partie écrite est satisfaisante, l’étudiant est invité à se soumettre à l’épreuve orale. Si le comité juge que la partie écrite est insatisfaisante, l’examen est ajourné, et le comité demande à l’étudiant de retravailler ses réponses aux questions et de déposer une nouvelle version de l’écrit dans un maximum de trois mois. Si celle- ci est jugée satisfaisante, l’étudiant se présente alors à l’épreuve orale. Si, par contre, le comité juge à nouveau, et à l’unanimité des voix, que le travail écrit est insatisfaisant, l’étudiant est alors noté comme ayant échoué l’examen et est exclu du programme. Suite à chaque évaluation de l’écrit, le comité doit remettre à l’étudiant un rapport d’évaluation.
Ainsi, si l’on se tient au propos ci-dessous, le succès de cet examen dépend de la démonstration d’une compréhension et d’une maîtrise approfondies de son domaine de recherche.

Il n’y a aucune méthode fournie par mon département. Celui-ci considère que les cours obligatoires et les interactions avec les collègues de notre cohorte, les échanges avec les enseignant.e.s et notre directeur.trice de thèse sont suffisants pour nous permettre de produire « le texte » de notre examen de synthèse. J’avoue qu’une grande part d’incertitude surgit au moment de la remise officielle des questions du jury d’examen de synthèse.
Purée… J’aurais dû me prendre en photo, car je pense sincèrement que je devais être méconnaissable !!
Première étape : nous n’avons pas décidé du domaine de l’investigation de la recherche
Vous l’avez compris, le domaine de la recherche est discuté avec votre directeur de thèse, puis validé par le comité d’examen de synthèse. Il n’y a certes pas de méthodes pour rédiger le texte. Néanmoins, il existe une réelle démarche pédagogique pour entrer dans le travail de l’examen de synthèse. Les différents échanges avec votre directeur de thèse permettent de situer votre cheminement de pensée. Il s’agit pour lui (ou elle) de vous aider à partir de cet examen de synthèse dans un travail de dépassement cognitif, afin de passer à l’étape suivante de votre programme. Du moins, c’est ainsi que j’ai compris l’exercice.
Nous ne sommes plus au niveau d’exigence du master (maîtrise au Québec), mais bien de celui du doctorat. On vous initie au plus haut niveau de la réflexion et de la recherche avant de vous lancer dans l’écriture de votre examen de synthèse. Une fois cette étape franchie, vous devez présenter une recherche bibliographique à votre directeur.trice de thèse. Vous aurez les questions officielles du jury, et c’est à ce moment que le chronomètre s’enclenche.
La suite dans le prochain post (plus court !).

Il paraît que cela adoucit les mœurs…Portishead – Sour Times, ça vous tente ?
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Pour citer cet article :
Le PhD version américaine : mon expérience de travail pour l’examen de synthèse. Épisode 1. Le contexte et l’enjeu de l’examen de synthèse, André Decamp. André Decamp, Regards sur le travail social, 16 septembre 2024. https://andredecamp.fr/2024/09/16/ma-methode-de-travail-pour-lexamen-de-synthese/
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