Tribune libre #1 Quels centres sociaux pour le XXIᵉ siècle ?

par Alain Fourest1

La première publication de ce texte date du 12/04/99. Avec l’aimable autorisation de son auteur, Alain Fourest, je le diffuse ici.

Un centre social, qu’est-ce que c’est ?

Implantés au cœur des quartiers, dans les villes comme en milieu rural, les 1.800 centres sociaux sont des lieux d’animation de la vie sociale ouverts à tous les habitants et qui privilégient la dimension familiale et intergénérationnelle.

Un centre social est un équipement collectif et polyvalent pour les habitants du voisinage. Ce sont des équipements de proximité qui s’inscrivent dans une tradition et qui ont un projet. Depuis leur création, à la fin du siècle dernier, les centres sociaux ont eu pour objectif de soutenir et de faire participer les habitants à l’amélioration de leurs conditions de vie, favoriser l’éducation et l’expression culturelle de tous, renforcer les solidarités, prévenir et réduire toutes formes d’exclusion. La spécificité du centre social réside ainsi dans la participation des habitants à son organisation et à sa gestion.

  • Lieu d’accueil pour lutter contre la solitude et l’individualisme, le centre social développe les opportunités d’échange et de rencontre entre les tranches d’âge et les catégories sociales présentes dans le quartier. Ce sont les fêtes de quartier, les sorties, les spectacles, le sport, ou plus directement les projets élaborés en commun.
  • Le centre social est aussi un lieu de développement des initiatives, de montage et de réalisation de projets (jardins d’autoproduction collective ou individuelle, rénovation de logements, tables d’hôtes, restaurant social de quartier, réseaux d’échange de savoirs, etc.).
  • C’est dans le centre social que se forgent également les sentiments d’appartenance à une communauté d’intérêts, à un quartier, à une ville. La définition du projet de quartier, sa négociation avec les partenaires publics, mais aussi sa mise en œuvre, sont des occasions de prise de conscience de l’intérêt collectif et de la découverte de la vie associative et de la démocratie locale.

Dans un contexte où la lutte contre les exclusions est devenue un impératif national, ainsi qu’en témoigne la récente loi, les centres sociaux, parce qu’ils sont implantés pour la majorité d’entre eux dans les quartiers et les zones urbaines les plus sensibles, représentent un des maillons essentiels de la lutte au quotidien contre l’exclusion. Si, de plus en plus, ils sont contraints de travailler dans l’urgence et le déplorent, ils souhaitent avant tout inscrire leur action dans la durée. Les centres sociaux se doivent de participer à cette lutte au quotidien en agissant avant tout à titre préventif, par des actions de mobilisation collective.

L’objectif permanent des centres sociaux c’est bien la recherche du mieux vivre dans la cité en permettant à chacun d’être acteur et citoyen.

Des valeurs partagées

Un centre social, c’est un lieu de rencontre et de dialogue entre des habitants, des professionnels de l’action sociale, ainsi que des responsables politiques et administratifs qui partagent des valeurs communes et qui s’efforcent de les mettre en pratique. En référence à l’universalité des droits, les uns comme les autres reconnaissent comme essentiel :

  • le droit au respect et à la dignité de tout être humain, quels que soient son origine et son statut social.
  • l’action collective comme moteur du développement des projets dans le souci de l’intérêt commun.
  • la famille comme lieu d’apprentissage, d’épanouissement et de dialogue entre les générations et comme relais d’une vie collective respectueuse de la liberté de chacun.
  • l’indispensable solidarité face aux diverses formes d’exclusion et de discrimination.

Nul doute que ce sont ces valeurs communes qui ont permis aux centres sociaux de remplir leur mission malgré les vicissitudes qui, à chaque période de l’histoire mouvementée de ce siècle, ont parfois remis en cause leur légitimité. C’est pour maintenir ces acquis et ces valeurs universelles que les centres sociaux se mobilisent aujourd’hui encore.

Si les missions et les fonctions des centres sociaux demeurent inchangées, ces mutations qui affectent l’ensemble de la société transforment aussi la manière dont les centres sociaux doivent s’adapter pour répondre aux attentes des populations concernées.

Ces mutations résultent en particulier :

  • des conséquences des progrès technologiques, de l’explosion des nouveaux moyens de communication et des facilités de déplacement.
  • du développement du temps libre en dehors de contraintes du travail salarié.
  • de l’autonomie croissante des femmes et de leur participation à la vie économique et sociale.
  • de la croissance continue du niveau de formation et de connaissances.
  • du déclin de l’autoritarisme dans les relations parents-enfants.
  • de la diversité des cultures et des modes d’expression permettant un “brassage” qui favorise la rencontre des autres et la créativité.

Mais il s’agit aussi :

  • de l’apparition de nouvelles formes d’exclusion qui touchent une part croissante de la population et en particulier les plus jeunes.
  • des transformations de la famille (familles monoparentales, recomposées, familles d’origine immigrée dont les références culturelles sont déstabilisées).
  • du développement de “zones urbaines” qui amplifient la ségrégation en concentrant la misère économique, le chômage, la violence et l’insécurité.
  • de la transformation des comportements sociaux au sein des groupes familiaux, dans les relations parents-enfants ou encore dans la confrontation entre les générations.

C’est encore :

  • la suprématie de la réussite individuelle mise en avant par un système économique où dominent les valeurs marchandes et le rôle du consommateur, au détriment des solidarités collectives.
  • l’incivilité largement répandue et le désintérêt pour les problèmes de la cité et de ceux qui la représentent.
  • la banalisation du discours xénophobe et raciste, des comportements d’évitement et de ségrégation.

Ces transformations, parfois rapides et surprenantes, atteignent de manière inégale les différents territoires où les centres sociaux sont implantés. Ceci explique en partie la très grande diversité des contextes et des projets de centres sociaux à travers le pays.

Face à ces évolutions, les centres sociaux s’efforcent de proposer une large diversité de réponses en fonction de l’environnement social et économique dans lequel ils se situent.

Certains centres, qui sont en général davantage à l’écoute des habitants, tentent avec succès de précéder ces évolutions pour être toujours plus utiles et efficaces. Ils constituent ainsi un laboratoire d’innovation sociale, ce qui explique leur grande diversité.

On citera ainsi :

  • la recherche de nouvelles pratiques permettant aux familles de retrouver et de développer un rôle plus dynamique dans l’organisation sociale et dans les relations entre les générations.
  • la mobilisation de tous les acteurs locaux et, au premier chef, des habitants pour construire des lieux d’écoute, de dialogue et de gestion des conflits, des espaces et des pratiques de médiation sociale et culturelle.
  • la mise en œuvre de stratégies susceptibles de prévenir et de réduire les conséquences dramatiques des situations d’exclusion en matière d’accès à l’emploi et de lutte contre la pauvreté : entreprises d’insertion, emplois aidés, systèmes collectifs d’entraide, économie sociale, etc.
  • la reconnaissance de la diversité des cultures et des moyens d’expression à même d’enrichir les relations de voisinage et de favoriser l’innovation et la créativité ; – le développement des relations avec l’ensemble des acteurs sociaux au-delà des limites du quartier, favorisant ainsi l’ouverture sur le reste de la ville.
  1. Alain Fourest est économiste, urbaniste, ancien responsable de l’aménagement urbain à Lyon, Marseille et Fos sur Mer, responsable national de la politique de la ville dans les années 80 ; fondateur des Rencontres Tziganes dont il reste le président d’honneur. ↩︎

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Pour citer cet article :

Tribune libre #1 Quels centres sociaux pour le XXIᵉ siècle ? Alain Fourest, André Decamp, Regards sur le travail social, 26 février 2024. https://andredecamp.fr/2024/02/26/tribune-libre-1-quels-centres-sociaux-pour-le-xxi%e1%b5%89-siecle/


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