Pour tenter de conceptualiser la notion de posture, il apparaît nécessaire de la situer par rapport à ses corollaires que sont l’attitude, la conduite, le style, le genre, l’habitus. Dans le langage commun, on assimile souvent posture et attitude à une même notion : la posture étant la « position, attitude particulière du corps, pose »1 et l’attitude la « manière de tenir son corps, position qu’on lui donne, posture»2, tout en spécifiant que la notion d’attitude correspond, en psychologie sociale, à « une disposition profonde durable et d’intensité variable à produire un comportement donné »3.
Selon Hélène Trocmé-Fabre4 et Philippe Carré5, « l’actualisation de l’apprenance dépend de la posture, du positionnement, de l’attitude, de l’intention, des conditions dans lesquelles se trouve l’organisme apprenant et de la façon dont il est relié à son environnement, aux autres et à lui-même ». Quant aux attitudes, elles comportent plusieurs facettes, en fonction des réactions d’un individu par rapport à des objets, des idées ou des personnes : une facette mentale basée sur la représentation, une facette affective basée sur les émotions suscitées et une facette comportementale basée sur les conduites adoptées. L’attitude ne serait donc pas une simple opinion, un ensemble pur de représentations, mais engloberait, au contraire, un ensemble d’affects et de réactions émotives qui contribueraient à guider nos actions et nous engagent au-delà des seules idées ; elle serait un « état mental et neural »6.
La notion de posture s’inscrit également à une certaine proximité de la notion d’habitus, définie par Pierre Bourdieu7 comme étant un système de dispositions durables intériorisées par les individus du fait de leurs conditions objectives d’existence, et fonctionnant comme autant de principes inconscients d’action, de perception et de réflexion. On distingue deux composantes dans l’habitus : l’éthos, qui désigne la forme intériorisée et non consciente de la morale qui régit la conduite quotidienne, et l’hexis qui correspond aux postures, dispositions du corps intériorisées inconsciemment par l’individu au cours de son histoire. À l’interface de l’interne et de l’externe, la notion de posture, si elle renvoie à celle d’habitus, appelle une clarification du rapport entre ces deux notions : la posture est-elle incluse dans l’habitus ou procède-t-elle de la relation qui existe entre l’éthos et l’hexis? Produit d’un conditionnement incarné durablement dans le corps sous forme de dispositions permanentes, l’habitus est cependant en perpétuelle transformation. Dans la mesure où deux dimensions entrent en jeu, l’une objective (structure), et l’autre subjective (perception, évaluation), on peut dire que l’habitus « intériorise une extériorité », et que réciproquement, il « extériorise une intériorité ». C’est donc bien dans ce mouvement permanent de va-et-vient entre l’interne et l’externe que la notion de posture lui ressemble, et même qu’elle est « au service de » l’habitus.
Ceci nous conduit à postuler que le sens du travail n’est pas, et ne peut pas être, homogène, quel que soit le territoire concerné, parce qu’il dépend des caractéristiques propres à chaque individu8. De son côté, l’organisation du travail ne peut être comprise que par un travail de déconstruction conceptuelle9 de ce que notre perception conçoit comme « un tout unifié et cohérent, entièrement structuré par des buts prédéterminés et fixés une fois pour toutes au service desquels elle se trouve et par rapport auxquels elle est en quelque sorte totalement transparente »10.
Malgré une culture commune d’un métier, la posture reste induite par les émotions, les désirs et les peurs du professionnel, ses liens d’amitié, son rapport au savoir, sa vie intérieure, son rapport à l’autre, son histoire personnelle… tout ce qui fait sa singularité en tant qu’individu »11.
On s’en parle ?
Sources
- « Posture », dans Le Nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Le Robert, 2010. ↩︎
- « Attitude », dans Le Nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Le Robert, 2010. ↩︎
- « Attitude », ibid. » ↩︎
- Trocmé-Fabre Hélène, Réinventer le métier d’apprendre, Éditions d’Organisation, 1999. ↩︎
- Carré Philippe, L’Apprenance, vers un nouveau rapport au savoir, Dunod, 2005. ↩︎
- Allport Gordon William, « The historical background of modern social psychology », dans Lindzey Gardner (dir.), Handbook of social psychology, Addison-Wesley Publishing, 1954, vol. 1, p. 6-56. ↩︎
- Bourdieu Pierre, Choses dites, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1987. ↩︎
- Foudriat Michel, « La construction sociale des représentations des cadres de direction sur l’organisation et les phénomènes d’aveuglement cognitif », Forum, 2016/1, n° 147, p. 27-32 ; Boussard Valérie et al., L’Aveuglement organisationnel. Analyses sociologiques de la méconnaissance, CNRS Éditions, 2004. ↩︎
- Decamp André, « Aveuglement cognitif et double bind en centre social », Empan, 2020/4, n° 120, p. 50-57. ↩︎
- Friedberg Erhard, Le Pouvoir et la règle. Dynamiques de l’action organisée, Seuil, 1993. ↩︎
- Decamp A., Éducation populaire – Nouvel eldorado des start-up sociales ?, Éditions Libre & Solidaire, 2021 ↩︎
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Pour citer cet article :
La bonne posture professionnelle n’existe pas. André Decamp, André Decamp, Regards sur le travail social, 29 janvier 2024. https://andredecamp.fr/2024/01/29/la-bonne-posture-professionnelle-nexiste-pas/En savoir plus sur André Decamp
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