Pensée fugace sur la question de l’autonomie

L’angle que je pourrais prendre pour entamer cette pensée fugace se fonde sur la relation entre les personnes (professionnels et usagers) et le vivant. Cette approche est à l’opposé de l’ère du tout numérique. En effet, situer cette question en 2024 me semble au plus haut point fondamental. De quoi finalement avons-nous besoin pour être libre ? Pour être heureux ? De quelle liberté parle-t-on ? Il conviendrait sans doute de relire le chef-d’œuvre de La Boétie « Le Discours de la servitude volontaire ».

À mon sens, la question de l’autonomie correspond plutôt au processus de libération que nous cherchons depuis notre enfance. Nous ne voyons pas ce qui est mais davantage ce que l’on croit qui est. Elle est aussi liée à l’amour. L’amour que nous nous portons à nous-même et celui que l’on propose à l’autre. Une quête d’un amour authentique : qui n’attend rien de l’autre, qui se donne si l’on a envie de donner et qui sait dire non quand ce n’est pas le cas. C’est sans doute dans ces moments-là que nous nous reconnaissons et donc que nous gagnons en liberté.

Car « Aimer, c’est faire en secret ce serment : je m’engage de toutes mes forces à défendre ta liberté, à ménager autour de toi l’espace qui te sera nécessaire pour croître et fleurir ! Et même si je dois être surpris par l’évolution de l’autre, même s’il ne devient pas celui que j’attendais qu’il soit un jour, je m’engage à respecter son devenir ! C’est le défi que je relève. Que ta volonté soit faite et non la mienne ! Osons nous laisser surprendre ! N’emprisonnons pas nos proches -ni nos enfants !- dans la représentation que nous avons d’eux. Cassons les moules dans lesquels nous nous enfermons les uns les autres. Offrons-nous la confiance même de nous laisser errer, commettre des erreurs…

Que savons-nous du secret de nos destinées ? En devenant garant de la liberté de celui que j’aime, je lui épargne même de devoir fuir ! Rester ensemble n’est pas, comme au cimetière, une « concession perpétuelle » – c’est une offrande à renouveler chaque jour. » (Singer, C.,2009. Derniers fragments d’un long voyage.)

L’expérience de l’autonomie (je préfère le mot liberté) n’est pas celle que nous avons rencontrée durant notre enfance. La crise de l’adolescence est une quête de l’indépendance. Nous cherchons au travers de l’autonomie à reprendre le dessus sur notre vie, à lui donner encore plus de sens. Nous devenons sans doute malgré nous plus délicat avec celle-ci. La vie est précieuse et celle des autres aussi. Il est donc nécessaire de convoquer une quête perpétuelle pour le respect de la dignité de la personne (et de sa propre personne) en tenant en compte de son histoire, de ses relations, ses désirs, ses silences et ses paradoxes.

L’autonomie, c’est du domaine du délicat, c’est fragile. La liberté est la vie dans toute sa puissance et sa beauté. Et, « Pour qu’une chose soit vraie il faut qu’en plus d’être vraie elle entre dans notre vie. » (Bobin, 1996. L’inespérée.)

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Paolo Nutini – Iron Sky

Pour citer cet article :

Pensée fugace sur la question de l’autonomie. André Decamp, André Decamp, Regards sur le travail social, 19 janvier 2024. https://andredecamp.fr/2024/01/19/pensee-fugace-sur-la-question-de-lautonomie/


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