Les communs ne sont pas qu’une affaire de gouvernance

Depuis les travaux d’Elinor Ostrom, on les décrit surtout en termes de ressources partagées, de règles de gestion, de propriété collective. Les communs fabriquent aussi autre chose. Des habitudes démocratiques, des capacités de délibération, des formes de responsabilité partagée. Ils ne sont pas seulement des objets à administrer. Ils sont des écoles pratiques de la transformation sociale, des lieux où l’on apprend, en faisant, à décider ensemble, à arbitrer des désaccords, à tenir dans la durée.
Un exemple concret, la pédagogie sociale.
À Dijon, le collectif La Rage du Social (qu’on ne présente plus, voir leur compte sur linkedin) , à la fois maison d’édition et institut de pédagogie sociale, pratique cela « hors les murs », dans la rue, avec l’équipe de la Maison-phare à la Fontaine-d’Ouche. Plus de 160 ateliers de rue par an, 16 heures par semaine sur le trottoir.
La structure propose des supports de médiation tels que la cuisine, le théâtre, la menuiserie, la radio, les jeux, les terrains d’aventure. Au cours de ces ateliers, il y a toujours des moments où l’expérience de chacun·e, à partir de ses propres mots, est partagée et discutée pour imaginer le présent et le futur sur le territoire (ici, les quartiers prioritaires de la ville de Dijon). La quête de ces moments de parole ne vise pas à reproduire ce que recherchent les dispositifs institutionnels.
Il s’agit ici, dans ce « lieu du dedans et du dehors », de vivre et de partager des pas de côté. Il ne s’agit pas d’un service rendu à des habitant·es. Je crois (cela n’engage que moi) que ce que l’on cherche, c’est de construire les vérités et non pas la vérité. Ils tentent de provoquer des moments inédits pour qu’il se passe autre chose dans le groupe, dans le quartier et dans la ville. Les gens qui font tourner tout ça Mathieu Depoil, Hélène Planckaert et les autres préfèrent d’ailleurs parler de co-création plutôt que de participation.
Ils écrivent que la co-création vise « le partage du pouvoir et du savoir ». Concrètement, ça donne un enfant qui explique à un adulte comment faire, une artiste invitée qui vient sans arriver « en conquérante », des choix qui se prennent le soir, sur place, avec les personnes présentes. Voilà, pour moi, ce qui rejoint la question des communs. La rue devient un espace éducatif partagé, dont on apprend à s’occuper à plusieurs.
Et quand je relis les 10 principes que le collectif s’est donnés (accueil inconditionnel, mélange des âges et des publics, gratuité, acceptation du conflit, méfiance envers les dispositifs institutionnels) , je retrouve quelque chose qui ressemble beaucoup à la grammaire d’un commun. Sauf qu’ici, elle s’applique à un travail éducatif. Un commun sans apprentissage collectif se réduit à un règlement. Une éducation populaire sans terrain de commun tourne à l’atelier hors-sol.
Quels communs, autour de vous, ont réellement transformé les manières de faire ensemble pas seulement les règles, mais les gestes, les postures, les rapports de pouvoir ?
Pour celles et ceux qui souhaitent aller voir :
– Les 10 principes de la pédagogie sociale : https://laragedusocial.org/les-principes/
– « Une histoire de co-création en pédagogie sociale », Mathieu Depoil & Hélène Planckaert (2023) : https://laragedusocial.org/une-histoire-de-co-creation-en-pedagogie-sociale/
– Le Chantier de pédagogie sociale co-organisé avec la Maison-phare : https://dijoncter.info/chantier-de-pedagogie-sociale-5714
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Pour citer cet article :
Carnets d’étudiant·e·s en travail social #22. Les communs ne sont pas qu’une affaire de gouvernance. André Decamp, Regards sur le travail social, 3 novembre 2026. https://andredecamp.fr/2026/10/30/carnets-detudiant·e·s-en-travail-social-22/
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